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En Bulgarie, la journée du 1er mars n’est pas comme les autres. Tout le monde l’attend avec une effervescence bien particulière. Cette journée marque l’arrivée du printemps et trouve ses origines dans une tradition païenne bien ancienne qui a perduré tout au long des siècles dans les pays des Balkans. En effet, la martenica (Мартеница) existe aussi en Moldavie, en Roumanie ou en Macédoine.

On appelle cette journée aussi celle de Baba Marta, une veille dame qui se met facilement en colère et peut faire gronder le ciel en amenant des pluies, du vent et de la neige. Pour la rendre plus clémente et pour une bonne santé tout au long de l’année, les Bulgares s’échangent des martenitsi : des petites décorations, faites à la main avec des fils rouges et blancs que l’on porte soit épinglés sur la poitrine, soir sur la main comme un bracelet.

La martenitsa la plus répandue est celle d’un homme et d’une femme appelés Pizho et Penda. Elle symbolise la santé, le printemps, la fertilité, la chance. Selon la tradition, une fois qu’on a vu une cigogne dans le ciel, on doit mettre notre martenitsa sur la branche d’un arbre fleuri ou sous une pierre afin de rester en bonne santé.

Les légendes autour la martenica sont nombreuses et varient en fonction des pays. Mais en Bulgarie, celle qui est la plus répandue est étroitement liée à son histoire et au fondement même de l’État bulgare datant du VIe siècle. Selon elle, quand les Bulgares et leur khan Asparoukh arrivent aux portes de l’Empire byzantin en 681, ils envoient vers le Sud le petit frère du khan, Bayan qui, ayant trouvé des terres bonnes à conquérir, a attaché un fil blanc à la patte du faucon qu’il s’apprêtait à renvoyer vers son frère sur l’autre rive du Danube.

À ce moment, l’armée byzantine s’est rapprochée et a blessé le frère du Khan, son sang ainsi colorant le fil blanc. Il réussit à traverser le fleuve mais en se blessant gravement. A son arrivée, Asparoukh a décidé alors de faire plusieurs morceaux du fil teinté en rouge et blanc pour parer ses soldats et leur donner du cœur à combattre les soldats byzantins.

Mais au-delà des légendes et de l’histoire, la fête de Baba Marta est liée pour moi aux souvenirs de mon enfance, à l’impatience de recevoir et d’offrir une martenitsa et à la joie d’accueillir les premières rayons du soleil printanier. En habitant la ville de Genève depuis plusieurs années déjà, le petit colis que je reçois est devenu bien précieux : au-delà de simples bouts de fils rouges et blancs, ce sont des fils bien fragiles qui me relient à ma famille, à mon pays et à tout ce que je suis.