« Un autre monde » ; « Le Parlement assoit l’autorité et l’influence de lobbies » ; « Lieu de technocrates » ; « Il y a des élections ? »

Voici un échantillon des réponses obtenues dans ma ville natale en Ardèche auprès de jeunes électeurs. Le but de ce micro-trottoir était d’entrevoir la perception que peuvent avoir les 16-24 ans du Parlement européen, dont les élections se dérouleront l’année prochaine. Cet article développe les points de vue de jeunes électeurs d’une commune en France mais n’a en aucun cas vocation à représenter de manière exhaustive la pensée de tous les jeunes Européens.

Chaque génération apporte son lot d’amélioration à la société et à la vie de manière générale, que cela soit au niveau national ou au niveau supranational. Par le biais du devoir citoyen, les populations ont l’occasion d’exprimer leurs avis à l’égard du fonctionnement des institutions qui assurent leur gouvernance.

Toutefois, une différence remarquable existe entre la participation électorale au niveau national, pour les présidentielles, législatives et municipales, et celle pour les élections du Parlement européen. La majorité des personnes interrogées pour ce sondage indicatif ont voté lors des présidentielles de 2017 et envisagent de voter pour les municipales qui se déroulent en 2020. Or, dès que l’on prononce le terme « élections européennes », le taux négatif de réponses s’envole.

Un effondrement de la participation électorale ?

La participation électorale, c’est-à-dire le fait de se déplacer aux urnes pour une élection, peut être vue comme une sous-catégorie de la participation politique des jeunes. « Bien que le vote demeure la forme la plus courante de participation politique des jeunes, leurs répertoires d’engagement politique se sont diversifiés »[1]. Il est de plus en plus courant chez les jeunes d’être militant, notamment d’exposer ses opinions politiques sur les réseaux sociaux tels que Facebook ou Twitter. Ils sont à la recherche d’échanges, tant entre eux qu’avec les hommes et femmes politiques de tous bords.

Toutefois, la participation électorale a tendance à s’effriter chez cette catégorie de la population. En effet, « la participation électorale n’est certainement pas à la hausse, mais elle n’est pas non plus systématiquement à la baisse dans tous les pays [2]». Les jeunes vont s’investir dans les domaines qui les intéressent. Si les questions les touchent, particulièrement concernant la situation de l’accès au travail ou à l’éducation, ils vont s’engager. Une telle attitude militante varie néanmoins selon les élections puisque les domaines abordés par ces dernières évoluent. Par exemple, en 2002, lors du second tour de l’élection présidentielle française, les jeunes électeurs se sont déplacés en masse pour éviter l’élection de Jean-Marie Le Pen. Nonobstant, ces mêmes jeunes votants ne se sont pas déplacés pour l’élection des députés qui a lieu eu un mois après l’élection présidentielle. Leurs intérêts s’étaient métamorphosés.

Est-ce que la méconnaissance du Parlement européen par ses électeurs est un facteur décisif pour expliquer la faible participation aux élections européennes?

Selon le rapport fait par la Direction générale de la Communication du Parlement européen[3], certaines des raisons mobilisées par les citoyens pour justifier leur abstention sont le « manque d’intérêt pour les affaires européennes » mais aussi « le manque de connaissance sur l’Union européenne ». En effet, sur la vingtaine de personnes interrogées, la majorité ne connaissait pas même la situation géographique du Parlement européen, idem pour son rôle et ses prérogatives. Seuls les médias télévisés ou, pour certains les pages Facebook, les informent des actions prises par le Parlement mais sous le terme « Bruxelles ». Ceci laisse transparaitre une claire confusion entre les différentes institutions européennes, ce qui renforce la méconnaissance et le doute des électeurs potentiels.

Par ailleurs, un problème plus profond qui reste sous-jacent peut être relevé : la non-volonté des interrogés à s’éduquer sur les institutions européennes. Une des questions posées était : « Êtes-vous intéressés à mieux comprendre le rôle des institutions européennes ? ». En réponse à cette dernière, les individus se sont montés réfractaires à connaître l’Union européenne en détail car « on ne tient pas compte des opinions émises » par les populations. Les députés européens seraient sans importance, alors même que leur élection au suffrage universel a permis un développement de la légitimité démocratique de l’Union européenne. Ce même déficit en communication peut être impacté à l’encontre des services de presse des institutions européennes dont l’influence est minime, notamment dans la presse écrite qu’elle soit nationale ou plus régionale.

Ainsi, auprès des jeunes, le flagrant manque de communication et d’éducation concernant le fonctionnement de l’Union européenne, malgré l’inclusion de chapitres éducatifs dans les programmes académiques, pourrait expliquer cette baisse constante de la participation électorale vis à vis des élections européennes. Il y a un réel écart entre la théorie et l’approche pratique faites par les institutions européennes. Le Parlement européen, nonobstant son souhait d’accroître la légitimité de l’Union, est face à un mur de préjugés et un manque d’informations dont il sera critique de s’affranchir avant les échéances de 2019. C’est un travail de fond, de volonté et d’implication qui attend les et les députés européens.

 

[1] « Although voting remains the most common form of political participation for young people, their repertoires of political engagement have become more diverse ».

SLOAM, James, « The ‘Outraged Young’ : How Young Europeans are Reshaping the Political Landscape » in Political Insight, 2013, Vol. 4, No.1, pp 4-7.

[2] BRÉCHON, Pierre, « Les jeunes et la politique en Europe et en France » in Agora débats/jeunesse, 1998, No. 13, pp 11-22.

[3] DIRECTION GÉNÉRALE DE LA COMMUNICATION, UNITÉ DE SUIVI DE L’OPINION PUBLIQUE, Études post-électorale 2014, Bruxelles, Parlement européen, 2015.

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