La société civile est tiraillée entre deux paradigmes. D’un côté la souveraineté étatique pousse au nationalisme et au repli, de l’autre les multiples organisations internationales souvent non gouvernementales encouragent la solidarité extra territoriale. Si certains idéalistes voient l’émergence d’une société civile mondiale, les faits démontrent une réalité bien différente et alarmante : la société civile, en tant que contre pouvoir autonome n’existe pas !

Prenons les organisations non gouvernementales qui fleurissent un peu partout brandissant les valeurs démocratiques occidentales, « généreusement » motivées par l’intérêt général, elles n’ont dans les faits aucune responsabilité envers la population locale. Les représentants ne sont pas élus démocratiquement contrairement aux parlementaires et chefs de gouvernements. Bien loin de défendre un intérêt général, il ne ressort que trop souvent l’influence des Nations les plus riches et les caprices des multinationales les plus puissantes. A ce sujet, une grande critique est l’eurocentrisme des intérêts, comment imaginer régler un conflit en transposant les valeurs occidentales aux problèmes africains ? Il est bien naïf de croire qu’une telle situation servirait les intérêts mondiaux réalisant une égalité et équité parfaite ! Rappelons également que les ONG sont dépendantes des Etats qui subordonnent leur existence à leur reconnaissance et parfois à leurs dons financiers, laissant planer un grand doute sur leur transparence.

Vladimir Poutine a dans ce sens fait voter par les deux chambres parlementaires russes le samedi 23 mai 2015 une loi en vue d’obliger les organisations étrangères, sous entendu financées par des pays étrangers comme les Etats Unis, à s’enregistrer auprès de la Russie qui 1 pourra alors à sa discrétion leur interdire l’accès au pays. L’argument du chef d’Etat est simple : les organisations internationales sont un véhicule utilisé à des fins politiques en vue de satisfaire les intérêts d’un Etat donné. Cette idée n’est pas neuve, Max Weber parlait déjà de « décharge » précisant qu’à défaut de perdre leur influence, les Etats la font simplement vivre autrement. Enfin, l’effectivité de ces organisations laisse parfois à désirer, la conférence du désarmement est une expérience criante puisqu’elle a été bloquée pendant plus de 18 longues années.

L’absence d’autonomie des individus membres de la société civile et des médias s’illustre cruellement. Ainsi France 3 chaine publique française n’hésite pas à surfer sur l’actualité pour « vulgariser » les enjeux internationaux permettant à l’Etat d’imposer subtilement sa vision à travers des intrigues et des personnages clés. La société civile n’est alors que le produit des intérêts étatiques à travers les constructions sociales, faisant écho à l’approche constructiviste.

La non effectivité de la société civile est inquiétante puisque le processus décisionnel se voit accaparé. Alexis de Tocqueville dénonçait, au 19e siècle, l’effet pervers de « la tyrannie de la majorité », avec les effets de la mondialisation, le problème devient plus grand. Les décisions ne sont plus le résultat d’un consensus démocratique, mais d’une tyrannie des élites qui imposent la marche à suivre. A l’international, la société civile perd toute autonomie dans le processus décisionnel pour devenir un simple pion prédéfini par les intérêts des plus grands.