Je voudrais réagir à l’interview de Korine Amacher dans la Tribune de Genève du 03.02.2014 . Tout d’abord, je voudrais féliciter Korine Amacher pour son interview. Les questions d’histoire partagée russe-ukrainienne sont complexes et fortement politisées, particulièrement dans le contexte actuel. La première question provocatrice de la part du journaliste  concerne les origines du mot « Ukraine ». Je parle le russe et l’ukrainien, et oui, je peux confirmer que le sens premier du mot « Ukraine » est « les confins, ou les marges ». Faut-il en déduire que « l’Ukraine n’est que l’appendice ? » comme le sous-entend le journaliste, soit la périphérie ? L’origine du nom « Ukraine » (est un long sujet) a une longue histoire. Effectivement cette connotation de périphérie est parfois utilisée par les protagonistes en tant qu’adjectif péjoratif, mais on ne juge pas le pays par son nom. Beaucoup de pays ont des noms qui n’ont rien à avoir avec leurs propres appellations, par exemple Hongrie/Magyarorszagon, faut-il se vexer?

Les questions qui me font réagir sont évidemment la question de la collaboration avec les nazis durant la Deuxième Guerre mondiale et la question des «  fascistes du Maidan ». Je suis très reconnaissante à Korine Amacher d’en parler, car cette obsession à chercher des fascistes et des collaborateurs  nazis en Ukraine est fatigante à la longue. J’ai eu d’autres discussions à ce sujet, et inévitablement  l’argument concernant des fascistes au gouvernement ukrainien ressort. Korine Amacher a bien résumé  le fait que l’extrême droite ukrainienne soit présente sur le Maïdan ne transforme pas tous les activistes en fascistes! L’extrême-droite ukrainienne fait partie du paysage politique ukrainien dans la même mesure que l’UDC en Suisse et le Front national en France. Faut-il donc appeler la Suisse et la France des pays fascistes ? Puis le journaliste se réfère souvent à l’avis russe, soit pro-russe. L’avis russe, soit pro-russe est-il une référence dans le domaine ? Pourquoi ne pas poser la question aux  pro-européens et européens pour savoir ce qu’ils en pensent? Leur avis ? Effectivement, les questions du journaliste sont provoquantes et ne sont pas impartiales. J’espère que c’est dans le  seul but de provoquer unediscussion…

La question de la collaboration avec les nazis est un sujet très complexe et douloureux pour la plupart des pays européens. Korine Amacher a bien souligné que ce sujet reste encore un tabou en Russie et il était longtemps un sujet tabou en Suisse aussi. D’où le fait que le journaliste affirme que « par milliers, les Ukrainiens de l’Ouest ont collaboré avec les nazis » ? Puis, je suis d’accord que l’historien ne doive pas porter d’accusations collectives. En tout cas, je ne vois pas trop le lien entre la discussion sur l’histoire partagée et la question de la collaboration avec les nazis. Curieusement, on ne pose pas les mêmes questions à l’ambassadeur de la Russie auprès de l’ONU, Alexeï Borodavkine, dans son interview dans la Tribune.

Puis, après la collaboration avec les nazis, on passe au sujet de lhiver en Ukraine 😉 Effectivement, ce qu’on retient de cet interview, c’est que les récits historiques au sujet d’évènements historiques communs russo-ukrainiens divergent de plus en plus en Russie et en Ukraine et la guerre n’améliore pas la situation. Comment peut-on défendre la Rous en tant que  berceau de civilisation commune en Ukraine quand la Russie a annexée la Crimée ? Pour les Ukrainiens, c’est comme donner le bâton pour se faire battre. Et si demain Poutine décide d’annexer Kiev car c’est le berceau de lorthodoxie russe ? Donc, dans le contexte actuel, les récits historiques ne feront que de diverger et de se séparer au détriment de l’histoire partagée millénaire.