Article co-écrit par Marta Zencuchova et Hélène Minacci


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Comment sont fabriqués les smartphones que nous utilisons quotidiennement, le jeans que nous aimons porter, la Barbie avec laquelle notre petite sœur adore jouer ou encore la voiture que nous avons achetée il y a quelques mois ? Quelles sont les stratégies productives mises en place par les multinationales pour fournir ces différents biens ?

Toute entreprise doit en effet choisir un certain type d’organisation pour la production du ou des biens qu’elle produit. Lorsqu’on parle d’intégration verticale du commerce, on parle en réalité d’une manière de produire au travers de laquelle une firme décide de diviser les différentes étapes de sa production et de les répartir entre ses différentes filiales, réparties dans plusieurs pays. Ainsi, le bien final que nous consommons est issu d’un assemblage de plusieurs composants produits dans plusieurs pays. Cette manière de procéder n’est pas un phénomène récent, mais elle prend progressivement de l’ampleur. De plus, elle commence à intégrer de manière croissante les pays en développement. Des secteurs comme l’automobile, l’habillement, l’électronique ou encore l’informatique sont caractéristiques de ce type de production.

Pourquoi segmenter la production entre plusieurs sites dans différents pays ?

La fragmentation du processus productif s’explique par plusieurs phénomènes. L’objectif majeur est de maximiser le rendement dans la production de chaque segment du bien. Diviser la chaîne de valeur productive permet ainsi d’optimiser les coûts de production, mais aussi son efficacité et sa flexibilité.

Décider de diviser le processus de production peut aussi dépendre des différences de coûts de production entre les pays et donc de la distribution des avantages comparatifs entre eux. De manière générale, on verra les phases de production intensives en travail se faire dans les pays où le coût du travail est peu élevé, tandis que les phases demandant plus de capital comme la recherche et le développement ou la distribution finale du produit se faire plutôt dans le pays d’origine de la firme.

Par ailleurs, l’intégration verticale a été extrêmement facilitée par la libéralisation des échanges commerciaux. Ainsi, la baisse des coûts de transport, la réduction des droits de douane ou encore les progrès dans le domaine des communications et des nouvelles technologies permettent de lier les différents sites de production à un coût extrêmement réduit.

Cependant, si jusque dans les années 1970-1980 on observait surtout une logique de segmentation en fonction des avantages comparatifs et des caractéristiques productives des pays, les tendances se complexifient. Depuis deux décennies, d’autres critères entrent en jeu, comme des logiques d’accès au marché, de proximité géographique ou la recherche de compétences spécifiques. De ce fait, des sites de production réunissant à la fois des compétences technologiques avancées, des coûts de production relativement faibles et la perspective d’un bassin de consommateurs important deviennent de plus en plus attractifs pour les entreprises.

Quel lien entre l’intégration verticale, les investissements directs à l’étranger verticaux et le commerce international ?

C’est grâce aux investissements directs à l’étranger (IDE) qu’une multinationale peut acquérir des filiales à l’étranger. Plus précisément, un IDE équivaut soit à la création par une entreprise d’une filiale de production à l’étranger soit à l’acquisition d’unités de production existantes ailleurs. C’est pourquoi les fusions et acquisitions représentent la majorité des IDE. Selon les statistiques établies par le FMI et l’OCDE, on considère qu’il y a un IDE lorsqu’une firme non-résidente détient au minimum 10% du capital d’une entreprise résidente.

Aujourd’hui, la majorité des Etats ont mis en place des législations très favorables aux IDE puisqu’attirer des investisseurs étrangers est synonyme de croissance, d’emplois et d’investissements conséquents dans le pays.

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Par ailleurs, procéder à des IDE provoque par définition de nouveaux flux de commerce entre l’exportation de composants donc de biens dit “intermédiaires” (tissus, composants automobiles, électroniques ou encore pièces détachées) et l’importation de produits finaux. Les échanges de biens intermédiaires à la production ont représenté en 2009 plus de 40% du commerce international. Mais c’est une moyenne mondiale, en réalité certains pays connaissent des taux beaucoup plus important de commerce de biens intermédiaires comme en témoigne ce tableau issu d’un rapport de l’OMC1. On constate par exemple que pour un pays comme Taïwan (Taipei chinois), la part des imports/exports de biens intermédiaires est énorme (plus de 70% de ses exportations).

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Ces échanges sont surtout le fruit d’un commerce intra-firme. Le bien intermédiaire s’échange entre deux filiales ou plus d’un même groupe multinational. Ainsi, chaque filiale produit un segment de production qui constitue ensuite un input de production pour une autre filiale. On estime à environ 30% la part du commerce intra-firme dans les flux de commerce internationaux.

On l’aura compris, les multinationales constituent les acteurs clés de l’intégration verticale et des IDE. Par définition, une multinationale est simplement une firme qui contrôle une voire plusieurs filiales à l’étranger, soit 10% de son capital. Néanmoins, délocaliser une partie de la production implique un coût fixe important pour toute firme. Ce sont donc surtout les grandes entreprises produisant à grande échelle qui procéderont à des IDE.

Répartition mondiale des IDE

Les IDE ont pour caractéristique d’être assez inégalement répartis entre les pays et sont surtout caractéristiques des pays développés. En effet, sur la période 1996-2000 les pays développés ont été à l’origine de 90% des flux sortants d’IDE et ont reçu 70% des flux entrants. En comparant l’évolution des flux entre les périodes 1985-1995 et 1996-2000, les IDE semblent constituer de plus en plus la spécialité de deux grandes zones : les Etats-Unis et l’UE. En effet, les IDE entre les Etats-Unis et l’UE sont particulièrement intenses : entre 1996 et 2000, les Etats-Unis ont réalisés 50% de leur IDE dans les pays de l’UE. Similairement, les pays de l’UE ont réalisé 55% de leurs IDE extra-UE aux Etats Unis. Néanmoins, pour l’UE les IDE se font principalement au sein de l’espace de l’Union. Ces flux internes importants s’expliquent notamment par l’approfondissement du processus d’intégration et plus particulièrement par l’introduction de l’euro.

Les pays en développement : acteurs montants

Toutefois, la prédominance des pays développés dans le phénomène des IDE s’atténue lorsqu’on prend en compte la taille économique des pays investisseurs et des pays dans lesquels on investit, soit leur PIB. Ainsi, le poids des investissements étrangers dans l’économie locale est beaucoup plus important pour les pays en développement que pour les pays développés, même si les pays en développement reçoivent des montants d’investissement beaucoup plus réduits. De plus, et toujours en tenant compte du PIB des pays, la tendance montre que les pays en développement réalisent des investissements non négligeables à l’étranger. En termes numériques, les stocks d’actifs détenus à l’étranger par les pays en développement sont passés de 1,5% de leur PIB en 1985 à 10% en 1999.

Pour les pays en développement, la division internationale de la chaîne de valeur productive joue un rôle majeur. Il est en effet démontré qu’il existe une corrélation positive entre la participation à ce type de production et le taux de croissance du PIB par habitant pour ces pays. L’intégration verticale est également un moyen de renforcer les capacités productives du pays par la diffusion de nouvelles technologies et l’acquisition de nouvelles compétences, ouvrant ainsi des perspectives de modernisation industrielle à plus long terme. Cependant, la participation à ce processus comporte aussi des risques. La contribution au PIB peut se voir limitée lorsque les pays ne reçoivent qu’une faible partie de la valeur ajoutée créée tout au long de la chaîne de production.

Le Rapport de la CNUCED sur l’investissement dans le monde pour 20132 démontre que les flux à destinations des pays en développement ont atteint la proportion record de 52% des flux d’IDE mondiaux, dépassant ainsi pour la première fois les flux à destination des pays développés.

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De plus, les flux d’IDE sortants des pays en développement ont atteint les 31% du total mondial, un nouveau record. Et malgré la récession mondiale, ces flux ont poursuivi leur expansion.

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Les IDE et l’intégration verticale en conclusion

La fragmentation internationale de l’activité productive n’est pas un phénomène récent mais elle prend une nouvelle ampleur. Les interdépendances changent et s’accroissent entre les pays du fait de l’intégration verticale et de l’activité des multinationales le long de la chaîne de valeurs.

Nous l’avons vu, un nombre croissant de pays en développement participe au processus d’intégration verticale de la production. Toutefois, ces pays sont loin d’être les acteurs principaux de ces flux d’investissement. Néanmoins et de plus en plus, des multinationales originaires de pays en développement apparaissent, même si leur taille reste modeste. 

Enfin, cet article s’est focalisé sur les stratégies productives des entreprises, nous avons volontairement écarté toute question ayant trait aux conditions de travail dans les filiales des multinationales qui, souvent, sont loin de respecter les standards environnementaux ou de droits humains. Ces questions sont bien évidemment à souligner et à ne pas omettre, mais un article en soi mériterait d’y être consacré.


1 Source: évolution du commerce mondial – OMC [en ligne] disponible à l’adresse: https://www.wto.org/french/res_f/statis_f/…/its09_highlights1_f.pdf

2 Source : rapport sur l’évolution du commerce dans le monde, vue d’ensemble (2013) – CNUCED (conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement) [en ligne] disponible à l’adresse : https://www.unctad.org/fr/PublicationsLibrary/wir2013overview_fr.pdf