Le 13 Mars 2018, nous nous sommes rendus à Istanbul (Turquie).

Ce voyage a été tout d’abord instructif culturellement parlant car nous avons découvert comment cette ville exprimait une richesse dans sa complexité. Avec plus de 15 millions d’habitants, c’est une ville à cheval entre l’Asie et l’Europe reliée par le pont du Bosphore dans laquelle églises et mosquées se côtoient. C’est une ville débordant d’énergie qui s’allume de mille feux, lorsque la nuit s’en vient.

Mais ce voyage à Istanbul aura été aussi pour nous, pour moi en tous cas, une occasion de voir de façon plus concrète les enjeux politiques entourant son pays, la Turquie.

En août 2014, Monsieur Recep Tayyip Erdogan du parti AKP (parti islamo-conservateur) a été élu une première fois Président de la République au suffrage universel direct et en juin 2018, il a été réélu à la tête de la Turquie.

Une affiche électorale du président turc Recep Tayyip Erdogan (« Istanbul est une histoire d’amour pour nous »), le 26 mars 2019 à Istanbul

Pour beaucoup il est assimilé à un dictateur. C’est d’ailleurs ce que notre guide, travailleur indépendant (détail important pour la suite de ce texte) nous confiait à voix basse « Vous savez, ici on vit la dictature ». Sa voix laissait entendre l’inquiétude qui le hantait. Il nous a confié que la Turquie était en train de perdre toutes les avancées sociales qu’elle avait gagnée sous les anciennes Présidences. 

À titre d’exemples, l’actuel Président de Turquie a supprimé l’immunité parlementaire, cela lui permettant d’emprisonner facilement des parlementaires d’opposition. Il a par ailleurs racheté le groupe médiatique « Dogan », ce qui veut dire qu’il n’existe plus réellement de média mainstream d’opposition. De plus, par peur de poursuites judiciaires (voire pénales), la presse s’engage beaucoup plus timidement qu’auparavant.
La concentration de pouvoir s’est réellement mise en place lors de son deuxième mandat puisqu’il a instauré un régime présidentiel autoritaire en supprimant les postes de Premier ministre et le gouvernement en général, pour concentrer l’exécutif sur sa personne.

L’avancée vers l’égalité hommes-femmes s’est stoppée nette sous sa Présidence, puisqu’en 2014 il affirmait « Coran à l’appui, que les femmes ne pouvaient être considérées comme les égales des hommes » et que leur rôle dans la société devait se restreindre à faire des enfants.

Pourtant, la politique d’Erdogan reçoit un soutien fort en Turquie, plus particulièrement dans les zones rurales mais également chez les néo-urbains ayant grandement bénéficié sur le plan économique et social de sa politique. En cela, sa base électorale représente globalement le milieu conservateur turc. Ainsi, le Président de l’AKP n’est pas vu par tous comme un dictateur, mais pour certains comme une personne ayant été élue démocratiquement et ayant apporté un changement positif pour la Turquie.

Il est vrai que l’économie turque qui était en faillite en 2001 est devenue la 16ème économie mondiale en à peine 10 ans et son revenu par habitant a plus que triplé. L’AKP au pouvoir a permis l’accélération de l’urbanisation et de l’émergence d’une nouvelle classe moyenne.
De plus, beaucoup d’infrastructures et de services se sont développés considérablement en peu de temps. Finalement, la stratégie de « diplomatie offensive » employée par le parti d’Erdogan a permis à la Turquie de s’affirmer davantage sur la scène internationale.

Des affiches électorales, dont celle du président turc Recep Tayyip Erdogan et de Binali Yildirim (g), le 26 mars 2018 à Istanbul

( AFP / Yasin AKGUL )

Dictateur ou non, pro-Erdogan ou anti-Erdogan, à Istanbul se posait la question de l’élection du maire d’Istanbul ce 31 Mars prochain.

Les 2 candidats pour cette élection sont Binali Yildrim (membre du parti AKP, donc du parti islamo-conservateur d’Erdogan) et Ekrem Imamoglu (membre du parti CHP, qui est le parti républicain du peuple).

Des sondages récents révèlent que les électeurs dans les grandes villes de Turquie ne sont pas satisfaits de la situation économique actuelle et en cela sembleraient vouloir voter pour le parti CHP (parti opposé à Erdogan).

Quel serait alors l’impact politique pour le Président de la Turquie si le parti CHP venait à remporter les élections municipales d’Istanbul ? Pour Erdogan cela aurait des conséquences plutôt importantes et néfastes puisque comme on dit en Turc : « Qui d’Istanbul gagne, gagne la Turquie ».

L’avenir nous dira si les sondages se confirment et si ce dicton est véridique.