Le 27 août dernier a eu lieu à Vienne le Sommet des Balkans occidentaux, une rencontre qui s’inscrit dans le « Berlin Process », processus motivé notamment par l’Allemagne, visant à encadrer et faciliter l’intégration européenne des pays des Balkans qui ne sont pas encore membres de l’Union.

Dans le cadre de ce processus a été signé le 25 août 2015, soit deux jours avant le sommet, un accord entre Serbie et Kosovo, pour établir la normalisation des relations entre les deux pays qui se sont affrontés dans une guerre sanglante, il n’y a pas moins de 16 ans. Cet accord fixe, − entre autres − de nouveaux droits pour les minorités serbes du nord du Kosovo, accorde au Kosovo le droit d’obtenir son propre code indicatif téléphonique.. Ce nouvel accord de normalisation des relations serbo-kosovares, encore uniquement symbolique pour le moment, a pour but de donner enfin à la Serbie l’accès tant désiré aux négociations avec l’Union Européenne au sujet de sa candidature à l’Union.

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Lors du Sommet de Vienne du jeudi 27 août, la problématique brûlante des flux migratoires de réfugiés traversant les Balkans par la Grèce, la Macédoine et la Serbie a pris une très grande ampleur, nécessaire, mais qui a cependant occulté certains des autres sujets à l’agenda de ce sommet, qui n’ont ainsi pas encore été relayés par les media. Parmi eux se trouve notamment le projet d’un Office Régional de Coopération pour la Jeunesse des Balkans, à la création duquel j’ai eu la chance d’assister en tant que Jeune Ambassadrice de l’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse (OFAJ), une organisation qui a mené plus de 400 projets depuis ces 15 dernières années dans la région du Sud-Est de l’Europe.

Dans le cadre de ce Sommet a ainsi été présenté aux chefs de gouvernements des pays des Balkans occidentaux ce projet de longue date initié par la société civile des Balkans en coopération et avec le soutien de l’OFAJ. Ce projet consiste en la création d’un Office Régional de Coopération pour la Jeunesse des Balkans, inspiré du projet Franco-Allemand, fondé par le Traité de l’Elysée conclu par De Gaulle et Adenauer en 1963. L’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse a été créé dans le but de rapprocher les sociétés civiles française et allemande par l’échange de jeunes, un objectif que l’on peut qualifier aujourd’hui d’accompli, soit juste un peu plus de 50 ans plus tard. Depuis cette date, quelques autres offices façonnés sur l’exemple Franco-Allemand ont vu le jour comme l’Office Germano-Polonais pour la Jeunesse ou l’Office Franco-Québécois pour la Jeunesse, mais aussi le Secrétariat pour la Jeunesse des pays de la mer du Nord et le centre de Coordination Germano-Tchèque pour les Echanges de Jeunesse. Tout cela bien avant la création d’Erasmus et dans le but de supprimer les mythes nationalistes et souvent antagonistiques d’après guerre, spécifiques à certaines régions d’Europe.

Ce projet d’un nouvel Office pour les Balkans se façonne aujourd’hui grâce au retour d’expériences de chacune de ces organisations pour la Jeunesse, ainsi que grâce à l’étroite collaboration des représentants des agences nationales et des ministères de la jeunesse de chacun des pays concernés de la région des Balkans occidentaux. Ces derniers se sont rencontrés au cours de plusieurs missions et séminaires soutenus par l’OFAJ au cours de l’année 2015, menés par Frank Morawietz de l’OFAJ et Bujar Luma du Center for Balkan Cooperation LOJA. Ce projet d’Office fut également souhaité par de nombreuses organisations de la société civile de Balkans, qui souhaitent en finir avec l’atmosphère nationaliste dangereusement grandissante au sein des pays de l’ex-Yougoslavie.

Les représentants des agences et ministères pour la Jeunesse des Balkans, et les représentants de l'OFAJ, l'Office Germano Polonais pour la Jeunesse et le Centre de Coordination Germano-Tchèque pour les échanges de Jeunesse Image: Christian Herrmann

Les représentants des agences et ministères pour la Jeunesse des Balkans, et les représentants de l’OFAJ, l’Office Germano Polonais pour la Jeunesse et le Centre de Coordination Germano-Tchèque pour les échanges de Jeunesse
Image: Christian Herrmann

En effet, les médias et les élites politiques jouent toujours leur popularité sur des mythes nationalistes exacerbés, rappelant la situation de la région à la veille de la guerre de 92-95. Par la création de cet Office régional, la société civile et la jeunesse sont vues comme un relai nécessaire pour établir au sein de l’opinion public un discours moins identitaire et plus tolérant, face à des élites politiques et des média qui ne semblent pas être prêts à effectuer un tel changement, qu’ils perçoivent souvent comme contraire à leurs propres intérêts.

 

Aujourd’hui le projet figure au paragraphe 32 des conclusions des présidents du Sommet de Vienne, faisant référence à une déclaration signée par les représentants de l’Albanie, de la Serbie, de la Bosnie Herzégovine, du Monténégro, de la Macédoine ainsi que du Kosovo, rendant à ce projet l’officialisation et la reconnaissance que ses porteurs attendaient.

L’Office, qui sera ainsi soutenu financièrement par chaque gouvernement des pays concernés mais aussi par des fonds européens, a pour but de favoriser la mobilité et les échanges de jeunes dans la région et ainsi donner l’impulsion nécessaire au processus de réconciliation des pays de l’ex-Yougoslavie. Il comprend également un soutien pour une coopération universitaire régionale, qui peut être décisive dans le domaine de la recherche historique, dans cette région qui ne parvient pas à trouver de récit commun au sujet de nombreux événements de ses derniers conflits, notamment au sujet du Génocide de Srebrenica du 11 juillet 1995. Enfin, l’Office a également pour but de soutenir l’emploi des jeunes dans une région touché par le chômage (50% des jeunes en Serbie, pas moins de 70% des jeunes au Kosovo selon Sonja Licht du Belgrad Fund for Political Excellence) à travers des programmes de mobilité et d’entraînements spécifiques à cette problématique locale.

 

Le projet reste à être défini dans tous ses détails techniques (langues officielles, nombres de secrétaires généraux etc.) d’ici le 1er mars 2016. Néanmoins, cette officialisation du projet représente déjà un bel espoir pour la jeunesse des Balkans, qui, même malgré une politique de visa contraignante, fuit toujours en grand nombre la région, aspirant à de meilleures conditions en s’établissant au sein de l’UE. Les Yougostalgiques et les Européistes de la région salueront certainement ce projet à vocation fédérale et multiculturelle.

 

http://www.ofaj.org/conference-des-balkans-occidentaux-vienne

http://www.ofaj.org/fact-finding-mission-avec-des-representants-des-ministeres-de-la-jeunesse-des-balkans

https://www.ijab.de/en/news/choose-by-topic/youth-policy/a/show/youth-office-of-the-western-balkans-could-bring-regions-youth-closer-together/

http://europeanwesternbalkans.com/2015/08/28/western-balkans-at-2015-summit-in-vienna-concluding-documents/