Certains parlent de « gribouillis », d’autres d’œuvres picturales ou encore de performances. Le street art mural a toujours été controversé de par sa temporalité, son équipement souvent précaire, sa réalisation cachée… Mais ce qu’on peut qualifier de mouvement, est l’objet d’une évolution majeure qui pousse certains spécialistes à le qualifier de nouvelle forme d’art contemporain. En effet, c’est un art inscrit dans son époque permettant à une génération de s’exprimer dans un espace qui lui est propre, un espace public attirant un intérêt toujours plus large de la part des profanes et connaisseurs.

Le street art mural n’a pas de définition formelle, donc je tenterais d’en donner une suite aux recherches effectuées. Je qualifierais cet art urbain (de son appellation française), de mouvement artistique qui trouve son épanouissement dans l’espace public et plus particulièrement sur les murs de cet espace. Ces œuvres éphémères sont effectuées avec des moyens techniques originaux et témoignent souvent une forte contestation contre la société et une culture commune à plusieurs générations.

La peinture classique utilise des supports souvent mobiles et qui durent dans le temps, à la différence de cet art mural dont le support est fixe mais aussi imparfait. Les artistes peuvent en utiliser les défauts (trous, bosses, irrégularités) pour donner du relief sans, pour autant, ignorer la perspective et les effets de volume.

De plus, il y a une importante distinction à faire entre les street artistes et certains graffeurs qui tagguent les transports en commun d’insultes ou de symboles par effet de mode ou encore pour marquer puérilement leur territoire. On s’intéressera ici aux artistes, puisque ce mouvement peut désormais prétendre au statut d’art et non seulement de distraction.

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Natalia Rak – Pologne

Les auteurs s’accordent à dire que le point de départ de ce mouvement artistique contemporain se base sur une légende qui débuta en 1942. En effet pendant la Seconde Guerre mondiale dans une fabrique de bombes à Detroit, un ouvrier prit l’habitude d’inscrire « Kilroy was here » sur les colis qui partaient pour approvisionner les fronts européens. Les soldats avaient l’habitude de découvrir cette écriture accompagnée d’un logo à chaque arrivage et ils commencèrent à le marquer sur les murs encore debouts après les bombardements, notamment en Normandie. Cette histoire prit une ampleur inattendue puisque un mythe se créa autour d’un « super GI » américain dénommé Kilroy, au point que pendant la conférence de Postdam, Staline demanda à son assistant qui était le fameux Kilroy. Puis le graffiti naît réellement à New York dans les années 70, particulièrement par l’utilisation des transports en communs souterrains qui offrent une manière autre que la rue pour les street artistes de faire connaître leurs productions. En effet, la ville est ruinée par la récession industrielle, les services publics voient leurs budgets décliner et de nombreux jeunes sans emplois cherchant à s’occuper s’approprient le milieu dans lequel ils se trouvent. Une nouvelle culture émerge dans la rue accompagnée par la pratique du skate et la musique punk et hip hop.

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Ces graffitis sont d’abord des signatures afin de marquer une présence, puis ils se dotent peu à peu de qualités artistiques indéniables. Des centaines de train alimentent une guerre des styles où chacun ajoute un élément de couleurs, formes, effets 3D etc. Il y a une surenchère entre les artistes pour faire plus impressionnant que le prédécesseur. Les autorités commencent à mettre en place des lois anti-graffitis afin de lutter contre le phénomène devenu incontrôlable.

Au début des années 80 cette culture se développe en Europe (hors bloc soviétique jusqu’en 1989). Il y a une plus forte influence dans les pays où l’anglais est pratiqué de manière aisée comme en Scandinavie, en Allemagne et aux Pays-Bas. Des événements culturels contribuent à répandre l’esprit du street art sur le continent comme la tournée européenne du groupe punk « The Clash » en 1981, auquel participe un célèbre artiste du nom de Futura qui accompagne le groupe sur scène en réalisant ses œuvres en direct ; offrant au public européen un spectacle inédit et apprécié. A cela s’ajoutent des films et des ouvrages qui rendent l’art de rue accessible à tous. L’œuvre étant éphémère, des photographes se sont ainsi engagés à pérenniser certains artistes ce qui a créé une connaissance plutôt exhaustive de la discipline. Les artistes sont d’ailleurs les premiers à prendre leurs œuvres en photographie pour se garantir une audience plus importante.

Enfin, les artistes américains communiquent avec ceux basés en Europe. Par exemple, en 1983 le musée Boijmans Van Beuningens à Rotterdam organise la première exposition du mouvement nommé New York Graffiti tandis qu’une autre exposition se tient dans une galerie d’Amsterdam. Les « crews » (qui sont des groupes de street artistes) se rencontrent et s’invitent mutuellement à graffer d’abord à Paris puis à Amsterdam avant d’aller en Suisse découvrir les premiers artistes de cette nationalité. Le développement européen de cet art ajoute une vitalité rendant les oeuvres plus techniques.

Mais les années 90 sont les plus répressives pour le mouvement obligeant les artistes à la discrétion et à l’illégalité. Certains d’entre eux s’adonnent de plus en plus au vandalisme comme le groupe The Crime Gang qui vole des bombes et des markers pour recouvrir le plus d’endroits possibles de tags en commençant par la métro parisien, comme la station Louvre-Rivoli qui marque symboliquement le point de départ d’une hostilité entre les autorités et les graffeurs dont certains sont incarcérés.

Il se créé dès lors une division entre les vandales qui ont de plus en plus de mal à s’exprimer librement et les autres graffeurs qui créent leurs œuvres sur des terrains vagues, des zones industrielles délaissées où leurs productions sont plus tolérées comme dans la ville de Wiesbaden en Allemagne où des abattoirs laissés à l’abandon sont investis par les street artistes ; ce qui fédère différents groupes. Quand la municipalité décide de réhabiliter cet endroit qui est devenu un haut lieu du graffiti, ils créent une manifestation internationale du nom de « Wall Street Meeting » de 1997 à 2001. Après la destruction inévitable de ce lieu, les organisateurs organisent le « Meeting Of Styles ». C’est un rassemblement itinérant européen qui s’est développé ensuite à l’échelle mondiale.

Les années 90 marquent aussi l’arrivée du pochoir qui même s’il existait depuis plusieurs décennies, prend une place nouvelle car mis en avant par des artistes de grandes renommée. Il y a aussi de plus en plus de collages qui peuvent être gigantesques et souvent humoristiques, du « woodblocking » qui consiste à réaliser une œuvre sur des matériaux à bas prix puis à l’installer dans la ville, des projections vidéos, des dispositifs d’éclairage ou encore des mosaïques réalisées à l’aide de colle forte. Ces diverses techniques donnent un élan particulier à la discipline dans les années 2000, et on voit apparaître de plus en plus de styles différents.

Les galeries d’art s’emparent du phénomène et le street art acquiert une valeur économique avec une côte ne cessant d’augmenter. En janvier 2013, Artcurial, une maison de vente aux enchères parisienne a ainsi vendu l’œuvre Guns and Roses de Shepart Fairey à 63 400 euros. Certains artistes sont heureux que leurs travaux soient assez reconnus pour pouvoir bénéficier d’un salaire faisant de leur passion un métier mais d’autres protestent contre cette vision de l’art urbain comme marchandise puisqu’on lui ôte son environnement, sa temporalité et sa valeur contestataire. Je pense qu’il peut s’agir d’une décrédibilisation du mouvement, C215 (artiste parisien) l’a exprimé de manière très claire : « On proteste sincèrement un jour, sans un sou en poche, puis les autres vous achètent votre protestation, dont vous commencez à faire commerce. Et c’est déjà le début de la fin. La révolte est alors bradée, avec un point rouge en bas à droite du cadre ».

En effet, il est difficile de donner toute sa légitimité à une œuvre de Banksy sur la xénophobie par exemple, en sachant qu’elle sera reproduite sur des t-shirts, des tasses ou encore des posters. Il existe désormais une multitude de produits dérivés qui nous font réaliser que le mouvement est passé de contre culture à culture populaire mais aussi que celui-ci peut devenir un objet de consommation ordinaire lié à un effet de mode, particulièrement dans les milieux bourgeois européens dont certains artistes se rapprochent pour obtenir un revenu. Cette culture populaire qui contrairement au pop art n’a pas vocation à se vendre, tout simplement car l’œuvre est supposée être éphémère, perd de son originalité pour ne conserver que le côté esthétique.

Toutefois l’institutionnalisation européenne du street art paraît inévitable et celle-ci est tout à fait honorable si elle reste dans l’esprit du mouvement comme tente de faire le réseau In Situ né d’un appel de la Commission Européenne. Dans le cadre du programme « Culture 2000 », Lieux publics qui est un centre national de création en espace public installé à Marseille a soumis un projet et In Situ a été créé en 2003. Désormais l’organisation regroupe 19 pays européens. Elle aide les street artistes en leur fournissant une aide financière notamment pour voyager en Europe et retrouver d’autres artistes. Il existe aussi un programme qui a pour but de travailler avec les populations pour les intégrer dans des projets artistiques sur les grandes thématiques européennes ce qui permet une approche interculturelle.

Mais apparaît une controverse éthique incontournable qui divise les populations européennes tout en mettant médiatiquement en lumière ce moyen d’expression. La discussion et le débat sont une preuve infaillible d’une culture européenne du street art puisqu’elle met en relief son rapport à autrui.

Par exemple, en juin 2011, le monument rendant hommage aux soviétiques mort dans la lutte contre le nazisme à Sofia a été repeint afin de transformer les soldats en personnages de fiction américaine : Ronald Macdonald, Wolverine, le Joker, Superman, Wonderwoman, le Père Noël… Le ministre de la Culture bulgare, membre du parti des Citoyens pour un développement européen de la Bulgarie, s’est insurgé qualifiant cet acte de « crime grave ». Il est vrai que c’est un choix de lieu et de peinture assez cynique de la part du ou des artiste(s). Cela pose une question importante : y-a-t-il une limite éthique et morale à poser ? Et si oui, laquelle ? Comment trouver une réponse à cette question qui en appelle à la sensibilité de chacun ? Il est vrai qu’un graffiti n’est pas forcément apprécié de tous, et il est alors gênant de l’imposer aux autres. Cela ne signifie pas que les auteurs soient des vandales, mais qu’ils doivent trouver un lieu d’expression qui satisfasse toutes les parties. C’est aux pouvoirs publics qu’il incombe de régler cette situation complexe comme l’a fait Jack Lang lorsqu’il était ministre de la culture en 2008. Il souhaitait légitimer les graffitis au nom d’une défense des minorités et d’une intégration de ceux-ci dans la communication urbaine.

Même le juge britannique Hardy qui a condamné en juillet 2008 six artistes européens de réputation mondiale, dont Blu de Bologne et Sixeart de Barcelone, pour avoir couvert de graffitis une façade du Tate Modern a déclaré : « Certains de vos travaux manuels témoignent d’un immense talent artistique ». Ce n’est pas une remarque inhabituelle, j’ai récemment accompagné un ami au tribunal de grande instance de Nanterre afin qu’il reçoive une ordonnance pénale portant une amende de 200 euros pour avoir réalisé un graffiti sur une palissade de chantier. Après quelques soucis bureaucratiques, nous nous sommes retrouvés dans le bureau du juge afin de signer le document officiel et celui-ci a demandé à mon ami de lui décrire son œuvre en se disant ensuite désolé de sa condamnation car le graffiti avait vraisemblablement une dimension esthétique.

Ces faits prouvent bien que même les « condamnateurs » saisissent (parfois) le sens esthétique de ces œuvres mais aussi la volonté d’instaurer une nouvelle forme de bien être dans les villes, une vision agréable au coin d’une rue ou dans les couloirs du métro. Une contradiction se constitue alors, une polémique qui n’est pas encore résolue et dont il est difficile de tracer la limite.

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 « Ville propre » – Dran – 2011

Les pouvoirs publics européens restent tout de même en lutte contre cet art et des moyens techniques ont été mis en place tels que l’utilisation de peinture anti-tags qui facilitent le nettoyage du mur. Cela ralentit le processus d’intégration du street art dans la société, mais c’est aussi cette illégalité qui fait partie des défis motivant les artistes.

Dans plusieurs pays d’Europe de l’Est comme la Lettonie, le street art n’est pas vu comme une réhabilitation urbaine mais une dégradation. Une des hypothèses est que le développement urbain est dans une autre phase dans cette partie de l’Europe et les artistes se retrouvent très souvent en conflit avec les acteurs locaux comme la municipalité mais aussi les investisseurs qui veulent façonner le paysage urbain. Ces problèmes ne sont pas inconnus dans les pays d’Europe occidental. Cependant, il y a une grande différence puisque le street art est de plus en plus toléré mais aussi subventionné par le secteur public. Toutefois il doit répondre à de plus en plus de règlementations et ce n’est pas le propre du mouvement de les suivre.

On peut tout de même affirmer que le street art mural constitue une « voix européenne ». Cela montre l’importance de la participation des jeunes, surtout dans les espaces urbains et leur motivation à la réalisation de différents aspects de la culture. Certains n’envoient pas de signaux particuliers, ils graffent pour obtenir la reconnaissance de leurs pairs ou simplement car ils aiment la technique. D’autres sont porteurs d’un ou plusieurs messages dont l’objectif est une prise de conscience populaire. C’est eux qui diffusent réellement ce qu’on pourrait appeler l’état d’esprit du street art européen, le mouvement s’implique alors en politique de manière individuelle ou par groupe. Le graffeur Mahon qui exerce en France a confié : « Nous sommes des gens qui ne sont pas l’élite et qui font des choses pour le peuple. C’est notre manière de faire de la politique. C’est comme un jet violent ».

Le Mur de Berlin est le symbole du street art mural le plus significatif de l’esprit contestataire de la politique en Europe. Il a été érigé pendant la nuit du 12 au 13 août 1961 pour empêcher l’exode des habitants de la République Démocratique d’Allemagne vers la République Fédérale d’Allemagne. Cet obstacle gris et froid a poussé des artistes à colorer et tagguer ce mur, ce qui était formellement interdit. On peut qualifier cet élan de réaction presque physique à l’oppresseur matériel. C’était non seulement de l’art mais un acte politique car l’ambition n’était pas d’impressionner artistiquement les gens qui voyaient ce Mur mais de rendre visible une révolte partagée. Quand le Mur s’effondra finalement le 9 novembre 1989, ces protestations disparurent sous les coups de marteaux. Mais une partie du Mur subsiste à ce jour, c’est une toile représentative des droits de l’homme, de la paix, de la liberté artistique mais aussi de la liberté dans son sens large. En effet, des artistes du monde entier ont pratiqué le street art sur l’East Side Gallery classé désormais monument historique.

Les contestations portent donc sur des sujets très différents. De manière paradoxale puisque cet art est lié à l’urbanisation, il existe des liens avec la nature comme le montre la page de présentation de cet article mais aussi l’engagement dans la lutte environnementale de certains artistes. En juillet 2014, l’association BLOOM qui milite pour la conservation de la vie marine, a lancé un projet : alors que le Conseil composé des ministres européens de la pêche se réunissait à Bruxelles, sept artistes ont produit simultanément des œuvres surprenantes dans plusieurs capitales d’Europe pour interpeller les gouvernements de l’Union Européenne sur le chalutage profond. La mesure a malheureusement été votée malgré une mobilisation historique mettant en relation la politique, les ONGs, les artistes et l’opinion publique. Une opération comme celle-ci peut être simple mais manifester une prise de position qui ensuite est médiatisée, peut encourager la prise de parole et le changement dans toute l’Europe.

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Panik – Londres – 14 juillet 2013

On peut dire que le street art est un miroir sociétal avec notamment la place de la femme qui reste mineure malgré la multiplication des artistes. En effet, on peut affirmer que l’histoire de l’art se répète plaçant toujours les artistes masculins sur le devant de la scène, plus particulièrement encore dans le street art car c’est une pratique considérée comme « risquée » ; se trouvant à l’extérieur et se déroulant la plupart du temps de nuit. Toutefois des artistes se battent pour affirmer leur place dans ce milieu, l’exemple le plus probant est Miss Tic qui est l’artiste féminine européenne ayant le plus de notoriété dans ce milieu. Christophe Genin qui a beaucoup étudié ses travaux affirme : « Miss Tic estime qu’il revient aux femmes d’être responsables de leur sort et de défendre pied à pied leur autonomie pour éviter de devenir les complices de leur asservissement ». Celle-ci souhaite démontrer que le street art mural est un lieu d’avancement pour le féminisme car c’est une manière artistique de prôner une égalité des sexes ainsi qu’une réelle reconnaissance de leur place dans la société. Cet art étant visible et diffusé, il permet une évolution de la cause féministe en Europe qui reste à ce jour un enjeu important malgré les nombreuses avancées des droits individuels ; l’égalité des sexes étant l’un des principes fondamentaux du droit communautaire. Par ailleurs, une hypothèse récente formulée par le journaliste Christopher Healey suppose que le street artiste le plus recherché est en réalité une femme : « Étant donné qu’il y a tellement de feintes et de détournements des normes sociales dans le travail de Banksy, et que tout le monde répète fréquemment que personne ne l’a vu, ça prend sens. Personne ne peut le trouver parce qu’ils cherchent un homme ».

Le mouvement peut donc être considéré comme un outil de la citoyenneté européenne. Cette culture créée autour du street art mobilise la population, fait réagir. Les territoires composant l’Union Européenne ont des cultures nationales très diverses malgré les changements politiques, économiques et sociaux européens qui combinent des éléments communs. Toutefois l’urbanisation et l’art sont des éléments auxquels tous les pays peuvent s’identifier ainsi que les populations qui s’y trouvent puisque ce sont des phénomènes touchant toutes les classes sociales sans avoir besoin de communiquer. Cela efface les barrières linguistiques.

Le street art peut alors contribuer à mieux réfléchir et partager l’identité européenne puisqu’il génère une certaine cohésion sociale. Philippe Chaudoir, professeur en sociologie des politiques urbaines, affirme dans son analyse que cette pratique intègre les habitants de tous les jours en transformant les citoyens en spectateurs. Qu’ils apprécient ou non l’oeuvre, ils s’arrêtent pour regarder, se créer une opinion et deviennent alors parties de l’événement. Cela permet à des habitants de s’arrêter ensemble pour regarder la même chose ce qui dans des villes multi-culturelles comme Londres, Paris ou Berlin créée une interaction encore plus grande. C’est pour cela que sa notoriété ne peut venir d’une stratégie commerciale et d’une communication à outrance, elle répond à une clameur populaire puisque la rue est un lieu de rencontres. C’est un art de participation qui introduit de la créativité dans la vie quotidienne.

On peut aussi se questionner sur les avantages d’un art développé dans l’espace urbain européen. Il est vrai que la ville est un espace d’activités continuelles, de mouvements perpétuels. L’art donne du sens à l’espace urbain et on augmente son attractivité avec le tourisme par exemple. Le mouvement met alors en avant ces espaces et les « originalise » puisque certains quartiers ou même des villes entières manquent de richesse patrimoniale. Cet art se fond dans le dynamisme urbain et y rajoute une certaine exaltation. La ville de Bristol met en valeur le street art mural comme atout touristique majeur car c’est la ville natale de Bansky. Cela donne l’image d’un lieu jeune et coloré. Par ailleurs, on pourrait penser que le street art mural s’arrête au milieu urbain. Mais ce n’est pas le cas et certains artistes investissent aussi le milieu rural qui occupe tout de même une partie très large du territoire européen. Ce phénomène est bien sûr moins répandu, aussi car il est plus difficile de conserver le statut d’anonymat et les habitants souvent plus conservateurs dans les campagnes sont moins habitués à la vision d’un graffiti ce qui peut provoquer une réaction négative. C’est pour cela que de plus en plus d’artistes dans ces zones demandent l’accord des habitants et commerçants, l’œuvre leur étant souvent destinée, l’hostilité peut alors disparaître par le dialogue et ouvrir l’art à un public plus large.

Pour conclure, on peut affirmer que l’Europe des années 80-90 a été l’objet d’un grand nombre de configurations amenant le street art mural à s’établir : urbanisation massive, multiplicité des libertés individuelles, « industrialisation » du marché de l’art et curiosité accrue du public en quête de nouveauté. Ces éléments ont permis l’émergence d’un important mouvement artistique composite et caractéristique des mutations de l’Europe. Il apparaît essentiel d’insister sur le fait que le street art mural met en avant les grandes questions qui se posent actuellement en Europe en termes d’économie, de questions sociales, d’environnement, d’appartenance citoyenne…

L’utilisation du milieu urbain témoigne du rôle de cet art dans la vitalité culturelle et touristique des villes qui contribue ensuite au développement de la créativité artistique dans toute l’Europe. Ces artistes encouragent l’inventivité par un renouveau des formes conventionnelles d’art et ce, à la vue de tous dans l’espace public. On a alors vu qu’un esprit de cohésion inter-culturelle se créait autour de ces œuvres.

Grâce à l’engagement de certains artistes et la visibilité offerte par le mode de production, les murs deviennent de véritables outils pour le développement de la citoyenneté européenne et la construction de l’identité commune en Europe. De plus, cela peut permettre de contribuer au rayonnement culturel du territoire dans le reste du monde.

Le mur, qui sert initialement à encloisonner un espace devient, lorsqu’il est associé au street art mural, synonyme d’ouverture pour tout un continent.