Traiter du sport comme objet d’étude dans le cadre d’un blog universitaire européen relève d’un défi osé, voir même d’un certain utopisme. Car accepter de considérer le sport comme un sujet digne d’intérêt exige bien souvent de déconstruire ses clichés et ses apriori les plus tenaces. L’Union Européenne (UE) a quant à elle bien compris l’intérêt du sport, et tend depuis plusieurs années à le définir comme un vrai objet politique.

 

Sport et légitimité en Europe

Si le Livre Blanc sur le Sport (2007) de la Commission européenne marque le premier pas des institutions dans le domaine du sport, c’est bien l’adoption du Traité de Lisbonne (2009) et son Article 165 qui en font un objet politique propre en Europe. La capacité d’impact direct des institutions reste tout de même assez faible, avec une simple compétence de soutien de la Commission.

Cependant, ces dates marquent le début d’un fort intérêt européen pour le sport. Des recherches scientifiques sont financées (projet FREEFootball Research in an Enlarged Europe), le sport est intégré au nouveau programme Erasmus+ (permettant ainsi le financement de projets européens), il refait son apparition dans le titre du Commissaire européen hongrois Tibor Navracsics (Commissaire européen à l’Éducation, la Culture, la Jeunesse et aux Sports) etc. Un Intergroupe Sport est même officiellement mis en place en février dernier au sein du Parlement européen, démontrant l’intérêt des MEPs pour ce nouvel outil.

Symbole de cette dynamique, une « Semaine européenne du Sport » sera pour la première fois organisée en septembre prochain afin de sensibiliser les européens aux grands enjeux que sous-tend le sport.

 

Le sport en Europe : un outil innovant face aux enjeux sociétaux majeurs

Car le sport n’est pas qu’un petit plaisir des Institutions européennes en quête d’attractivité et de légitimité populaire. Il est avant tout un outil innovant qui peut, et doit, être mis au service de plusieurs grands enjeux fondamentaux de nos sociétés contemporaines. L’évolution des modes de vie en Europe et son impact sur la santé doit par exemple nous pousser à redéfinir nos priorités. Dans ce sens, le dernier Eurobaromètre sur le Sport et l’Activité physique est assez révélateur : 42% des citoyens européens ne pratiquent aucune activité physique.

La Commission européenne a ainsi accordé son soutien politique et financier au projet PASS – Physical Activity Serving Society mené par le think tank européen Sport et Citoyenneté, et ayant pour objectif de favoriser l’émergence de recommandations concrètes pour contrer la tendance à l’inactivité physique en Europe. Cet exemple démontre toute la transversalité du sport, qui doit être envisagé comme un outil souple et intégré aux politiques publiques européennes et nationales.

Mais au-delà même des grands défis que peut participer à résoudre le sport, celui-ci mérite également un intérêt particulier sous l’angle de son potentiel dans la construction d’une véritable communauté en Europe.

 

Cas du football : vers une « Europe des sentiments » ?

Ce potentiel est un élément essentiel et pourtant encore sous-exploité (ou en tout cas sous-estimé). Nous prendrons ici le cas du football car il est, que cela plaise ou non, le sport majeur sur le Vieux continent. Il est par ailleurs un élément de culture évident en Europe. Ainsi, on évolue balle au pied dans les romans de Rainer Maria Rilke, Nabokov, Handke, Montalban, Pinter ou Pasolini. Le football n’est pas absent non plus des écrits de Drieu la Rochelle, Giraudoux, Maurois, Montherlant ou Soupault. Si l’exemple le plus célèbre reste celui d’Albert Camus, qui déclarait « Vraiment, le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités. », de nombreux auteurs et artistes européens ont eu recours au football. Celui-ci est d’autant plus essentiel qu’il est un objet profondément « populaire ».

Cet élément partagé qu’est le football crée de facto une communauté imaginée en Europe, et c’est là toute la force du sport de manière générale. Le football participe ainsi à la création de moments européens et même d’un certain espace commun. Les matches de Ligue des Champions (compétition suprême pour les clubs européens) sont un excellent exemple de ce potentiel du sport. En « réunissant » des fans partout en Europe les mardis et mercredis soirs, la Ligue des Champions matérialise cette communauté imaginée et permet d’appréhender plus concrètement l’Europe. Le Finlandais Olli Rehn, aujourd’hui Vice-président du Parlement européen, résumait très simplement cette idée lors d’une interview accordée au think tank Sport et Citoyenneté et relayée dans leur dernière revue (n°29) : « Enfant, j’ai appréhendé l’Europe grâce aux clubs de football ».

Plus que des grands enjeux de société, le sport peut ainsi s’inscrire pleinement dans une réflexion de fond sur l’intégration européenne. Rappelons qu’étymologiquement, le verbe « intégrer » provient du latin integrare, qui signifie « renouveler, rendre entier ». Or c’est bien ici que peut intervenir le sport : « rendre entier » le projet européen.

 

Nicolas Torchin

Étudiant GSI

Chargé de mission, think tank européen Sport et Citoyenneté

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