Eléonore Garnier a assisté le 6 novembre à la Conférence « 25 Years After the Fall of the Berlin Wall » organisée par le GSI. Elle partage avec nous le discours de Lech Walesa.

Le plus célèbre syndicaliste du monde nous a tous d’abord livré quelques anecdotes sur les évènements de novembre 1989 et nous a conté sa vision de l’émancipation de la Pologne, depuis les premiers combats de Solidarność.

 Il y a 25 ans …

La veille de la chute du Mur, Lech Wałęsa avait demandé au Chancelier Kohl si, lui aussi, sentait venir l’air du changement, celui de la chute du Mur. Ce dernier lui avoua alors qu’il aurait rêvé d’un tel évènement mais qu’il ne s’agissait encore que d’un fantasme. Lech Wałęsa, syndicaliste avant tout, a tenu ici à se différencier des chefs de gouvernement, très éloignés mentalement des peuples qu’ils gouvernent.

Lech Wałęsa a également profité de cette occasion pour rappeler qu’il n’est pas qu’un syndicaliste, mais également un fervent catholique, comme une grande majorité de Polonais. Il a insisté sur le rôle du pape Jean-Paul II dans le processus de prise de conscience du peuple polonais. Il ne s’agit cependant pas d’un rôle politique, l’ancien président polonais a souligné cette nuance plus d’une fois, mais d’un rôle essentiellement spirituel.

Selon Lech Wałęsa, c’est lors de la visite officielle du pape à Varsovie et Czestochowa en juin 1979, que les Polonais se sont rendus compte de la force et du nombre qu’ils représentaient, une fois rassemblés. En invitant les Polonais à «ne pas avoir peur», Jean Paul II a joué un rôle de catalyseur dans le processus de rassemblement de toute la nation contre l’oppression soviétique, bien plus que les luttes syndicales de Solidarność. Les Soviétiques en étaient d’ailleurs conscients. Lech Wałęsa semble toujours attribuer la tentative d’assassinat du Saint Père en 1981 à une conspiration communiste selon les théories de l’époque – ce qui reste totalement non prouvé encore aujourd’hui – mais en profite pour placer dans son discours un énième commentaire humoristique : „Mais manque de chance, le Saint Père nous a montré qu’il était immortel”.

Et aujourd’hui ?

Lech Wałęsa s’est souvenu de cette époque difficile pour relativiser les crises et les débats actuels sur l’Europe, où de réelles menaces ne sont pas visibles, selon lui. Il appelle essentiellement à plus d’ambition de la part des Européens. Si les structures de l’UE sont appropriées aux réalités du continent, il ne devrait pas y avoir de conséquences négatives. C’est un message d’espoir et de confiance que nous a livré Walesa, plus qu’un message politique, au même titre que Jean Paul II, en assumant plus son rôle de leader spirituel que de leader politique.

Pour lui, ni le communisme ni le capitalisme sont de véritables solutions en soi sur le plan économique. Il évoque plutôt un système de valeurs communes européennes qui dirigeraient notre économie, notre justice, notre éducation… : les « dix commandements laïques de l’Europe».

Un mot revient encore et toujours dans son discours : Solidarité. Lech Walesa souhaite une Europe plus solidaire, mais aussi plus solidaire de tous les peuples, y compris la Russie, qui pour lui, a toujours subi son propre gouvernement, bien plus que ses pays voisins : « Nous avons besoin de la Russie, nous ne voulons pas la détruire ».