Ce dimanche, le peuple suisse a été invité à se prononcer sur une nouvelle initiative visant à limiter drastiquement l’immigration sous couvert d’arguments prétendument écologiques : l’initiative Ecopop. Refusée à 74,1% des voix populaires et à l’unanimité des cantons, elle a pourtant effrayé la classe politique tout au long de la campagne de ces votations de novembre 2014.

 

Image tirée de rts.ch « retour sur le triple-non des votations fédérales du 30 novembre »

Image tirée de rts.ch « retour sur le triple-non des votations fédérales du 30 novembre »

 

Ecopop en deux mots

Ecopop visait à réduire la croissance démographique due à l’immigration à 0,2% tout en investissant pour la promotion des moyens contraceptifs dans les pays en voie de développement. L’argument phare était celui de la décroissance par la limitation des entrées en terre helvétique.

 

Enfoncer le clou du 9 février ?

Mais surtout, cette initiative pouvait potentiellement ruiner définitivement les relations bilatérales que la Suisse entretient avec l’Union européenne. Des relations rendues déjà ardues par la votation du 9 février dernier sur l’initiative UDC visant à limiter l’immigration de masse (acceptée à 50,3% des voix). Lors de la conférence « Croissance, migration et développement durable : l’équation impossible ? » organisée par le GSI, le conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet se demandait si la Suisse oserait se tirer non plus une balle, comme en février 2014, mais un obus dans le pied en acceptant l’initiative Ecopop. La quasi majorité de la classe politique, exceptées quelques sections cantonales UDC, redoutait qu’un scénario similaire à celui de février ne se reproduise en novembre, puisque jusqu’à 10 jours de la votation, les sondages indiquaient une acceptation auprès de 40% des électeurs.

 

 Soulagement

Les défenseurs d’une relation stable avec l’UE, mais aussi la Suisse entière peuvent ce soir respirer: la situation actuelle ne va pas empirer, ou en tout cas pas à cause d’Ecopop. Car on se demande véritablement comment le Conseil fédéral aurait pu défendre à la fois une initiative aussi restrictive en matière d’immigration et une défense de l’accord de libre-circulation avec l’Union européenne. Les négociateurs suisses sont certes inventifs pour trouver une combinaison entre demandes populaires et obligations européennes, mais là on voit mal comment ils auraient pu parvenir à une solution consensuelle.

Le peuple suisse n’a donc pas cédé aux sirènes anti-immigration et c’est un soulagement. Un soulagement de constater que dans le canton de Vaud par exemple, plus de 80% des votants se sont opposés au texte des initiant d’Ecopop et que même les cantons les plus sensibles face au sujet migratoire comme le Tessin ont également rejeté massivement l’initiative (63%). Preuve que les discours réducteurs et xénophobes rabâchés depuis plusieurs années par des initiatives populaires en Suisse ne séduisent pas toujours.

 

Une exception ?

Cependant, la question se pose : si un texte similaire avait été proposé par l’UDC, aurait-il eu une chance d’être accepté ? En effet, l’initiative n’a été soutenue par aucun parti au niveau fédéral et par seulement quelques sections cantonales de l’UDC. Difficile de faire face à l’entier de la classe politique suisse dans de telles conditions. On peut se demander dès lors si le non massif de ce dimanche est annonciateur d’une prise de conscience chez les Suisses, allant vers une meilleure compréhension de la question migratoire ou si ce n’est qu’une exception, fruit de la faiblesse politique et financière des initiants, au contraire de la machine UDC…

Image tirée du journal Le Temps, 7 avril 2014

Image tirée du journal Le Temps, 7 avril 2014

 

Néanmoins, il est possible de supposer que les conséquences du vote du 9 février dernier ont fait peur et ont peut-être amené une réflexion sur les relations étroites et vitales que la Suisse entretient avec l’UE. Des relations qu’il serait bon de ne pas fragiliser encore afin de laisser le Conseil fédéral mettre en place la volonté populaire en accord avec les engagements européens de la Confédération.