Nous sommes le 8 mai et je suis de nationalité française, ce qui signifie qu’aujourd’hui est un jour férié chez moi. On commémore aujourd’hui les 70 ans de la libération de Paris. Je ne suis pas Parisienne mais Argentonnaise. Si beaucoup de gens ont entendu parler des massacres d’Oradour-sur-Glane et de Tulle en France, qui ont eu lieu à la fin de la Seconde Guerre mondiale, lors de la retraite de la deuxième division SS « Das Reich », très peu connaissent et très peu ont écrit sur le massacre d’Argenton-sur-Creuse. Pourtant, l’histoire de cette prise d’otage qui a eu lieu le 9 juin 1944 dans mon village porte un message qu’il me paraît important de faire passer.

Suite au débarquement en Normandie le 6 juin 1944, la deuxième division SS « Das Reich », sous les ordres d’Hitler, commence sa retraite vers le Nord à partir de Limoges, où elle était alors stationnée. Le 10 juin a lieu le massacre d’Oradour-sur-Glane : les habitants du village, au nombre de 640, sont pris en otages, enfermés dans l’église à laquelle les SS mettront le feu. Il s’agit du plus grand massacre de civils perpétré par les forces armées allemandes en France. Le village est aujourd’hui désertique et accueille le Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane inauguré en 1999.

Un jour avant le massacre d’Oradour, les Allemands sont à Tulle et à Argenton-sur-Creuse. A Tulle, 99 otages civils sont pendus par les Allemands. A Argenton le massacre s’opère mais connaît un dénouement moins tragique. De nombreux villageois sont fusillés au hasard et environ 170 otages sont capturés et attendent d’être fusillés à leur tour. Seulement 67 d’entre eux connaitront la mort, les autres étant sauvés par l’intervention de M. Cubel, un ami de mon grand père.

 

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Jean-Marie Cubel, de son véritable nom Lothaire Kübel est alsacien et parle donc parfaitement allemand. Il intervient dans la prise d’otage et prouve aux Allemands qu’il est professeur d’allemand en montrant ses copies. Les SS lui feront confiance et se serviront de lui comme interprète. La suite est digne d’une scène de film. Devant chaque otage sans papier, Jean Marie Cubel donne une identité à chaque villageois : ami du club de foot, mère d’un ancien élève, commerçant etc. Ceux-ci seront sauvés.

La leçon que je retiens de cette histoire, qui m’est très personnelle, est qu’il faut continuer à apprendre des langues, et pas seulement l’anglais. Apprenez la langue de votre voisin, surtout si celui-ci vous veut du mal. C’est le message que je tiens à faire passer à tous les Européens aujourd’hui, et tout spécialement à mes amis roumains qui ne souhaitent pas que leur enfant apprennent le hongrois à l’école et que la langue magyare soit reconnu deuxième langue nationale de Roumanie, par le simple argument que « c’est la Roumanie ».

 

 

 

 

Pour en savoir plus:

« Le 9 juin 1944 à Argenton, hommage à J.-M. Cubel », in Argenton et son histoire, no 7, 1990, Cercle d’histoire d’Argenton-sur-Creuse, Argenton-sur-Creuse

Argenton, 9 juin 1944, tragique page d’histoire, Dr André Cotillon, préface de Pierre Brunaud, Éditions du Cercle d’histoire d’Argenton, 1994 ;