Le rapport de Freedom House indique que le Bahreïn a un des scores les plus bas quand on tente d’évaluer sa situation en matière de politique et de droits civils. Cela est dû à de fortes irrégularités dans le déroulement des élections législatives de 2014 ainsi qu’au manque de volonté du gouvernent pour dénouer les revendications de longue date au sein de la communauté chiite à propos de la définition de la carte électorale et la possibilité d’une représentation équitable. Le Bahreïn est aussi considéré comme « not free » puisqu’y exercer sa liberté d’expression n’est pas chose aisée. En effet malgré une série de réformes introduites après les Printemps Arabes, la carence de cet élément fondamental et représentatif des droits de l’homme est à peine dissimulée par une façade symbolique. Le manque d’ouverture démocratique se reflète évidemment sur la société civile, comme on peut le constater en observant des exemples récents d’offense aux autorités.

Il faut savoir qu’au Bahreïn tout comme en Oman, Arabie saoudite et Émirats Arabes Unis, insulter tout agent public est un crime. La traduction anglaise de l’article 216 du Code Pénal bahreïni est celle-ci : « a person shall be liable for imprisonment or payment of a fine if he offends by any method of expression the National Assembly, or other constitutional institutions, the army, law courts, authorities or government agencies ». Cet article a été invoqué contre Nabil Rajab, président du Centre bahreïni des droits humains et activiste politique. Il avait déjà purgé une peine de prison de deux ans suite à l’appel et la participation à des manifestations pacifiques non autorisées, avant d’être condamné à six mois d’emprisonnement pour un tweet controversé mettant en cause les ministères de la Défense et de l’Intérieur :

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D’autres charges similaires pèsent sur lui mais il a pour l’instant été libéré pour raisons de santé. La pression diplomatique internationale notamment de la part de l’ONU a certainement joué un rôle. L’organisation se félicite de cette légère avancée mais appelle à une vigilance dans ce pays où militants politiques et simples citoyens critiques sont incarcérés régulièrement. C’est le cas du docteur Sa’eed Mothaher Habib al-Samahiji qui aurait publiquement insulté le Roi du Bahraïn ou encore de Nader Abdulemam qui lui aurait offensé une personnalité du culte religieux.

Un autre exemple probant est l’interdiction en l’espace de quelques heures de la chaîne de télévision saoudienne Alarab en février. La version officielle évoque une suspension pour des raisons administratives et techniques puis un communiqué précise que le média «  n’a pas respecté les règles de bonne conduite instaurées par les accords régionaux et internationaux dans le but d’endiguer la vague de terrorisme dans la région et dans le monde  ». L’invitation de l’opposant chiite Al Marzouq a apparemment déterminé le sort de la chaîne puisqu’il était accusé il y a encore quelques mois d’incitation au terrorisme, avant d’être acquitté par le tribunal pénal de Manama. Le faux-pas n’a pas eu le temps d’être réalisé mais le « risque d’offense » a été considéré comme trop probable.

Sur ce territoire insulaire, l’émergence de la liberté d’expression, de réunion et d’association n’est pas favorisée par la pratique de la torture, l’intimidation des organisations internationales et les inculpations arbitraires. Il faudrait alors une réforme en profondeur et un suivi réel des recommandations onusiennes pour que la population bahreïnie et sa monarchie puissent enfin se plonger dans un débat public effectif et critique.

 

SOURCES :

AGHEKYAN Elen, (et al.), Freedom in the world 2015, Freedom House, juillet 2015

< https://freedomhouse.org/sites/default/files/01152015_FIW_2015_final.pdf > (consultée le 27 juillet)

« Behind the rethoric : Human Rights Abuses in Bahrain continue unabated», Amnesty International, avril 2015

< http://www.amnesty.fr/Nos-campagnes/Crises-et-conflits-armes/Actualites/Bahrein-les-espoirs-de-reforme-pietines-14858 > (consultée le 27 juillet)

« Bahreïn : des experts de l’ONU appellent à l’abandon des charges contre Nabil Rajab », Centre d’actualités de l’ONU, juillet 2015

< http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=35193#.VbTwH2Ttmko > (consultée le 27 juillet)

SAEED Nazeeha, « Bahreïn, une chaîne de télévision qui n’a vécu qu’une journée », Orient XXI, mars 2015

< http://orientxxi.info/magazine/comment-alarab-news-a-cesse-d,0823 > (consultée le 27 juillet)