Cet article est un compte rendu du rendez-vous que j’ai eu la chance d’obtenir par mon ami François Hérault avec son excellence, M. Hael Al Fahoum, qui a exposé son point de vue sur le processus de paix et la situation actuelle de ce qu’il appelle très justement l’ « équation israélo-palestinienne ».

L’État palestinien, par la voix de son Président Mahmoud Abbas, souhaite privilégier une solution pacifique, non-violente et négociée, afin de vivre en paix et en sécurité avec l’État voisin israélien. À ce titre, une stratégie d’action et non plus de réaction est favorisée : c’est là le sens notamment de l’adhésion à la Cour Pénale Internationale et des démarches en faveur de la reconnaissance en tant qu’Etat par la communauté internationale. L’ambassadeur rappelle les propos de Laurent Fabius énonçant : « la question israélo-palestinienne est la racine de l’instabilité au Proche-Orient ». Cette racine est certes la source de nombreux conflits mais aussi et surtout la mère de toutes les solutions. Par le développement d’une stratégie d’actions positives, la Palestine se dote d’une panoplie diplomatique capable de l’inscrire au cœur de la dynamique de paix et ainsi l’ériger en tant qu’exemple international de lutte non-violente pour le respect de ses droits inaliénables.

La stratégie palestinienne pour obtenir sa souveraineté est basée sur trois axes :

  • Une solution pacifique et non militaire, négociée sur la base des paramètres définis par la Communauté internationale: la reconnaissance de l’Etat Palestine dans les frontières établies en 1967avec Jérusalem-Est en tant que capitale
  • éthique: engager la responsabilité de la communauté internationale face aux violations du droit international par le gouvernement israélien et reconnaître alors l’injustice qui a été faite à l’encontre du peuple palestinien.
  • juridique: faire appliquer le droit international à travers ses institutions en Palestine mais aussi s’en inspirer afin de l’inclure dans le système juridique palestinien, d’où la signature de le statut de Rome, l’adhésion à la Cour Pénale Internationale le 1er avril dernier, et la création d’une Commission juridique qui travaille en ce sens

Par ailleurs, l’équation israélo-palestinienne ne peut être résolue suivant le prisme du confessionnalisme. Au contraire, c’est le multiculturalisme et le multi confessionnalisme qui font la richesse de la Palestine, berceau des trois religions monothéistes. C’est pourquoi, de manière à prendre en compte et à respecter de la meilleure des façons possibles les besoins du peuple palestinien et son histoire, la Palestine est déterminée à fonder un Etat citoyen, non confessionnel et démocratique. Dès lors, être antisémite, c’est être anti palestinien, et tous ceux qui se disent soutenir la cause palestinienne par antisémitisme desservent cette cause. De la même manière, la reconnaissance de la judaïcité de l’Etat d’Israël marquerait un pas en arrière dans le processus de paix. Seulement, cette approche non confessionnelle demande du courage politique, notamment face aux nombreux courants extrémistes de tout bord qui sévissent dans la région.

Le fait qu’on ait vivement encouragé le concept de « religion politique », a transformé le conflit géopolitique en conflit confessionnel au service de la minorité dirigeante et a nui de manière considérable à la situation. Benjamin Netanyahu instrumentalise par exemple cette situation complexe en accusant tous ceux marchant vers la paix d’antisémitisme et en développant dès lors plus d’ennemis que d’amis pour mieux manipuler les citoyens qui l’ont élu.

L’importance du rôle de la société civile

Le peuple palestinien souhaite la même chose que tous les peuples du monde: vivre dans la paix et la prospérité. Quant au peuple israélien, il est la première victime de la politique de son gouvernement. L’instrumentalisation des masses par le gouvernement israélien ne doit pas laisser penser que les peuples israélien et palestinien sont ennemis. La vraie menace pour Israël n’est pas le nucléaire iranien comme on peut l’entendre dans les médias, mais sa propre politique qui ne peut aboutir qu’à une destruction mutuelle. Cette politique fondée sur la peur et la haine de l’autre ne conduira nulle part. Tant que Benjamin Netanyahu persistera dans cette voie sécuritaire, on ne pourra pas développer de dialogue construit et non-violent et converger vers une solution pacifique pérenne. En outre, la situation israélienne au niveau interne constitue aussi un enjeu majeur puisqu’il ne faut pas oublier que 25% des juifs et 40% des arabes israéliens vivent en-dessous du seuil de pauvreté. La stratégie palestinienne axée sur la non-violence et le respect pourrait justement décomplexer les israéliens et leur faire ouvrir les yeux face à cette politique qu’on pourrait qualifier de suicidaire.

La mobilisation citoyenne est un moteur efficace. C’est bien celle-ci qui a donné, par exemple, du courage à la France pour préparer une résolution pacifique favorisant la solution à deux Etats et qui sera présentée devant le Conseil de Sécurité très prochainement. Le mouvement d’une partie du peuple français et de ses élus a créé une dynamique qui pourrait se concrétiser au niveau international. De plus, il faut savoir qu’au moins 70% de la population ne croient plus aux informations se trouvant dans les médias ou aux discours politiques. Il est donc temps de trouver des mots simples présentant les besoins réels de la population. Il faut se concentrer sur le fond et arrêter de peaufiner la forme, passer du virtuel au réel. C’est pourquoi il est important de revenir à une communication franche et c’est bien ce qu’il se passe politiquement dans divers pays d’Europe.

La position de la Ligue Arabe

La politique pacifique d’action menée et mise en œuvre par la Palestine est appuyée par ses voisins arabes qui ont rappelé en 2002, avec l’initiative de paix arabe, qu’ils étaient prêts à s’engager sur la durée pour parvenir à normaliser leurs relations avec Israël. Les pays arabes sont convaincus que la pacification de la région implique la reconnaissance de l’Etat Palestinien par Israël. C’est une condition importante pour que ces derniers puissent établir des relations constructives et fructueuses qui profiteraient aux deux Etats. Au même titre que la relation franco-allemande, une relation israélo-palestinienne saine peut être une locomotive pour l’ensemble de la région. Cette alliance, à laquelle on pourrait ajouter d’autres pays de la région représenterait un potentiel économique gigantesque si on encourageait le développement, le vivre ensemble et non un enfermement des identités.

La coopération arabe a toujours développé une culture autocritique qui l’a aidé à évoluer et à mettre en lumière que la reconnaissance de la Palestine n’est pas l’objectif mais la base sur laquelle on peut construire le monde arabe.

L’implication des grandes puissances

On peut reprocher aux grandes puissances leur manque d’action politique et surtout, leur manque de courage. Celles-ci sont productrices de grands discours sur la justice, le droit international, les droits de l’homme alors que dans les faits, aucune action concrète n’est dirigée vers la réalisation de ces principes. L’accent est davantage mis, une nouvelle fois, sur la forme plutôt que sur le fond. Le point le plus important est surtout que les grandes puissances ont préféré investir dans les domaines sécuritaire et militaire au détriment du développement économique et social de la région. Les budgets pour la défense sont en effet colossaux et sans considération réelle pour une stratégie prenant en compte les minorités sur la scène nationale et internationale. Prenons l’exemple de la guerre d’Irak de 2003 qui a coûté 6000 milliards de dollars et causé des centaines de milliers de morts. N’aurait-on pas pu utiliser cet argent autrement ? Pour cela, il aurait fallu développer une stratégie de paix qui aurait bénéficié aux citoyens. L’exemple irakien doit servir pour ne pas commettre les mêmes erreurs : privilégier une stratégie de paix et de solutions incluant la société civile plutôt que d’investir dans une diplomatie militaire qui ne peut conduire qu’au chaos.

Plus que les armes et la violence, la société civile regorge de potentiels et c’est elle qu’il faut mobiliser pour parvenir à mettre en place une action efficace profitable à tous. On sous-estime trop souvent l’intelligence des citoyens au sein des gouvernements locaux alors mêmes qu’ils sont tout à fait conscients du danger de certaines approches. Justement, la Palestine est au cœur de cet enjeu, à savoir le changement d’une stratégie fondée sur le déni vers une stratégie axée sur le dialogue entre les principaux protagonistes. La Palestine subit depuis trop longtemps les conséquences des subventions allouées à Israël dans les domaines, économiques, technologiques et militaires (y compris en direction des colonies pourtant reconnues comme illégales par le droit international). Cette situation sur le long-terme n’est pas soutenable puisqu’on détruit ainsi toute perspective de développement réel.

La place de l’Union Européenne dans les négociations

Il est clair que l’Europe depuis la seconde guerre mondiale paie une forme de dette morale vis-à-vis de l’Etat d’Israël. De ce fait, l’Union Européenne affiche certes une volonté politique de parvenir à la résolution de l’équation israélo-palestinienne mais manque de courage politique qui l’empêche de traduire cette volonté en des résultats effectifs. Il est toujours plus facile de trouver la formule que de la rendre réelle. Il revient aux citoyens européens, à travers l’action des ONG notamment de combler ce manque : encore une fois, c’est en impliquant la société civile que l’on pourra responsabiliser les décideurs politiques et les forcer à agir.

L’isolement israélien et la condamnation de la violence

Cette tutelle internationale, Israël n’a pas intérêt à la conserver ou tout du moins à se maintenir dans cet isolement diplomatique. Le gouvernement israélien doit comprendre que la meilleure garantie pour son Etat est la reconnaissance réciproque de l’Etat palestinien. En 1988, la conférence d’Alger avait marqué le début du consensus international et la solution à deux Etats était déjà le compromis. La seule personnalité qui avait compris les avantages que l’on pouvait tirer de cette solution était Yitzakh Rabin qui fut malheureusement assassiné par des extrémistes israéliens. Personne n’a su analyser pertinemment cet événement. Depuis, les négociations sont infructueuses.

S.E.M. Al Fahoum a toujours désapprouvé l’emploi de la violence, qu’elle soit utilisée par un camp ou un autre. Pour ce qui est du Hamas, le Président Mahmoud Abbas a vigoureusement condamné les attaques dirigées contre le territoire israélien et a qualifié le lancement de roquettes de « stupides ». Il est tout de même important de prendre en compte le Hamas ; de par la légitimité démocratique qu’il détient et parce qu’il fait parti de l’espace politique palestinien. Cependant, il est essentiel de faire preuve de vigilance : ce mouvement par ses offensives armées répétées dessert la cause palestinienne et favorise finalement la politique sécuritaire de Netanyahu. La jeunesse sent d’ailleurs le danger d’une telle approche et commence à dénoncer ce qu’on ne décrit pas forcément dans les médias ; médias qui n’ont pas ces objectifs de paix.

Encouragés d’ailleurs par ces moyens de communication, on permet un boycott de la Russie ou encore de l’Iran avec pour prétexte la violation du droit international mais on n’ose pas en faire de même, pour faire respecter le même principe, dès lors qu’il s’agit Israël, Etat surprotégé et prospère. Il faut alors poser les bonnes questions : légalité des actions sur la bande de Gaza, occupation de Jérusalem Est, massacres, expropriations, arrestations d’enfants, colonies, conditions inhumaines des plus de 6000 prisonniers palestiniens…

 

Pour conclure, il faut arrêter de concevoir la question israélo-palestinienne d’un œil extérieur et plutôt se concentrer sur le potentiel de ces deux Etats. En effet, il faut appréhender les données réelles pour comprendre que la Palestine est un laboratoire de paix profitable non seulement à la région, mais au monde entier. Cet Etat est devenu un corps vacciné contre toutes les maladies alors qu’Israël reste protégé dans une chambre stérilisée. C’est ainsi que seule l’alliance de ces deux pays apportera une nouvelle vision, une dynamique positive encouragée par ces près de 6 millions de Palestiniens qui n’ont pas fui face à l’adversité La seule issue est celle où l’on trouvera deux gagnants, elle n’est certes pas facile à atteindre mais il faut continuer à croire qu’elle est tout à fait réalisable.