Dans un pays ouvert comme la Suisse, qui ne connaît pas la problématique de la double culture ?

Shyaka Kagame, réalisateur suisso-rwandais, nous a fait l’honneur de venir présenter son documentaire « Bounty » dans les locaux de l’Université de Genève. Un documentaire engagé, poétique et, contre toute attente, apolitique.

« Noir dehors, blanc dedans ? »

Il est difficile de faire cohabiter des repères d’ici et de là-bas ; il est difficile d’« être » quand les regards nous font se sentir « autre ». C’est le parcours de ces cinq jeunes suisses, d’origine africaine, qui entendent parler de la culture et des valeurs de leurs pays d’origines. À la maison, ils apprennent les valeurs et la culture de leur pays d’origine ; dehors, les normes et les valeurs nationales suisses. En Afrique, ils sont vu comme « suisses blancs » ; en Suisse, comme « africains noirs ». Même si la discrimination raciale n’est pas la thématique principale de ce documentaire, la question de la double identité et de la double culture fait ressortir une réalité du quotidien. Une réalité déjà évoqué par Du Bois avec le concept de « double conscience afro-américaine »² : se sentir nulle part à sa place.

En immersion totale dans la vie des protagonistes, Shyaka Kagame cherche la spontanéité dans les dialogues pour éviter d’orienter son documentaire vers le militantisme, et laisser le spectateur capter les éléments qui le touchent. Une envie de confronter le spectateur aux réalités multiples du quotidien de la première génération d’afro-européens contraints de jongler avec leur double culture dans un pays qui renfermant toutefois une grande diversité.

¹ William Edward Burghardt Du Bois est un sociologue, historien et surtout militant panafricain de la deuxième moitié du XXème siècle. Écrivain engagé, il a défendu les droits civiques afro-américains, et l’égalité raciale contre le capitalisme et l’impérialisme. Il fait partie des auteurs incontournables des études post-coloniales.

² Le concept de « double conscience », développé par W. E. B. Du Bois, est un concept majeur dans les études post coloniales parce qu’il traite de la double identité de la première génération d’afro-américains. C’est un concept développé dans l’ouvrage : Les Âmes du peuple noir paru en 1903.

 

La MSOGSI remercie Shyaka Kagame d’être venu présenté son fil aux étudiants du GSI et plus largement de l’Université. Merci aussi pour sa disponibilité lors des question-réponses avec le public.