Josep Borrell, sera le deuxième espagnol exerçant les fonctions de Haut Représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

Le Conseil européen de ce 2 juillet dernier a nommé Josep Borrell i Fontelles Haut Représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité de l’Union européenne, succédant ainsi à l’italienne Federica Mogherini. 

En effet, l’espagnol Javier Solana, élu en 1999 par le Conseil européen de Cologne, a été le premier Haut Représentant dans l’histoire de l’Union. Solana a dirigé la diplomatie de celle-ci jusqu’en 2009, puis a été succédé par la britannique Catherine Ashton pour la législature 2009-2014, elle-même succédée par l’actuelle Haute représentante Federica Mogherini. Borrell devient ainsi le deuxième espagnol dirigeant la diplomatie de l’Union. 

 

Josep Borrell, originaire de La Pobla de Segur (Communauté autonome de Catalogne), est depuis le 7 juin 2018 Ministre des affaires étrangères d’Espagne au sein du gouvernement du Premier Ministre socialiste Pedro Sánchez. Familiarisé avec l’action extérieure de l’Union, en tant que Ministre d’un État membre il a rencontré mensuellement ses homologues européens lors des réunions du Conseil des affaires étrangères (CAE) dont la mission principale a pour but de veiller à l’unité et à la cohérence de la politique extérieure de l’Union. 

 

Le poste de Haut Représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité a été créé par le Traité d’Amsterdam, qui est entré en vigueur en 1999. Le Haut Représentant est élu pour un mandat de cinq ans dans lesquels il est chargé de la représentation extérieure de l’Union et de l’élaboration d’une politique étrangère commune en coordonnant la politique étrangère des États membres. Pour s’acquitter de ses fonctions, le Haut Représentant pour les affaires étrangères et de sécurité est secondé par le Service européen pour l’action extérieure (SEAE). Créé en 2011, le SEAE est le service diplomatique de l’Union, il est composé d’environ 4000 fonctionnaires et dispose d’un budget de 14 millions d’euros annuels. 

 

À ce jour, l’expérience du Ministre Borrell au sein de l’Union européenne ne se réduit pas à sa participation au Conseil des affaires étrangères. En effet, Josep Borrell a été Président du Parlement européen dans les années 2004-2007. Si le Parlement européen confirme la nommination par le Conseil européen du candidat espagnol comme chef de la diplomatie de l’Union, Borrell présidera à l’avenir les sessions du Conseil des affaires étrangères et sera chargé de coordonner la politique extérieure des 28 États membres (avec le retrait effectif du Royaume-Uni 27 États membres). De par sa nouvelle fonction il sera également Vice-président de la Commission et pilotera ainsi des questions concernant l’action extérieure de l’Union. 

 

L’arrivée de Borrell à la tête du SEAE reflète la récente importance que l’Espagne a gagné sur la scène européenne et qui semblerait se concrétiser pour les années à venir.

Cette tendance s’inscrit dans la continuité socialiste du gouvernement de Pedro Sánchez constitué en juin 2018, qui s’est révélé très européiste de par la présence de Josep Borrell et de Nadia Calviño, alors à la tête du Ministère de l’Économie et des Entreprises. Avant d’être ministre, Nadia Calviño a travaillé à la Commission dès 2006, puis a été Directrice Générale du Budget (DG BUDG) entre 2014 et 2018 dans la même institution. Le fort profil européiste du gouvernement de Pedro Sánchez s’est dessiné dans un moment où l’euroscepticisme s’est fait sentir avec force dans quelques États membres et notamment avec les négociations du retrait du Royaume-Uni, encore en cours aujourd’hui. 

 

La présence du Ministre espagnol des affaires étrangères au sommet de l’Union pourra jouer un rôle considérable dans les négociations du Brexit en mettant davantage l’accent sur la question de Gibraltar. En effet, la souveraineté de ce territoire d’outre-mer britannique au Sud de la Péninsule ibérique est réclamée par l’Espagne depuis longtemps. Selon le pays, il s’agit d’un rocher dérobé par la Couronne britannique au royaume d’Espagne lors de la Guerre de Succession de ce dernier entre 1701-1714.  

 

La situation de Gibraltar risque de se rapprocher de celle de l’Irlande du Nord et de devenir une prochaine grande difficulté à résoudre par le Royaume-Uni lors des négociations du Brexit. En 1969 le dictateur Franco a fermé la frontière qui séparait le rocher de l’Espagne et ce 8 juin dernier, a été commémoré le 50ième anniversaire de cet événement. La clôture qui séparait gibraltariens et Espagnols a été réouverte en 1982 par le Premier Ministre espagnol Felipe González. Aujourd’hui le fantôme d’une « hard border » revient tourmenter les populations des territoires concernés après plusieurs décennies. Cette frontière se verra rétablie par le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne et par sa non-appartenance à l’espace Schengen.


Si depuis 2016, l’Espagne propose une souveraineté partagée, c’est en avril 2019 que le premier pas important a été mené par Josep Borrell alors Ministre des affaires étrangères. L’Espagne est parvenue à ce que l’Union considère désormais Gibraltar comme une « colonie britannique » à l’issue probable d’un « hard Brexit ».