Pour commencer, quelques explications ! L’entrepreneuriat social est un modèle économique apparu dans les années 90, une troisième voie consistant à créer une activité économique rentable tout en répondant à des besoins sociaux et environnementaux. Cela permet d’établir un impact sociétal sur le long terme en identifiant un problème et en y trouvant une solution créative et économiquement viable. La « lucrativité » de ces entreprises est toutefois limitée car les bénéfices sont ensuite redistribués, suivant l’objectif d’intérêt général. Ces entités rassemblent environ 11 millions de salariés dans l’Union Européenne et déjà une entreprise sur trois créée en 2009 dans des pays comme la France et la Belgique ont ce label particulier.

Or, le marché unique européen se tourne vers une nouvelle croissance plus compétitive et innovante dans le but de lutter contre le chômage grandissant et d’instaurer une économie éthique et durable. La Commission Européenne a donc « saisi » l’ampleur du phénomène. Selon son rapport en Octobre 2011, les entreprises de ce domaine manquent de financement et de reconnaissance. À cela s’ajoute un environnement juridique encore inadapté au développement rapide de l’action.

C’est pour ces raisons que la Commission Barroso a développé une initiative pour l’entrepreneuriat social visant à : améliorer le financement des entreprises notamment en développant l’accès au micro-crédit, donner une meilleure visibilité à cette action et améliorer l’environnement juridique des entreprises sociales. Le Comité Économique et Social a validé cette initiative comportant onze points clés et un suivi a été mis en place. Ce Comité encourage l’adoption d’une nouvelle initiative à ce sujet et présentera ses recommandations à la Commission très prochainement.

Il est toutefois difficile de passer de l’échelon local, dans lequel se développent généralement ces projets, à l’échelon communautaire. En effet, l’entrepreneuriat social créé des relations entre différents acteurs publics et privés dans une zone géographique souvent limitée. Mais cela serait possible d’inclure d’avantage les institutions européennes pouvant favoriser la communication et les transferts d’innovations entre ces entreprises. Cette construction collective favoriserait le développement de ce modèle tout en tentant de mesurer l’impact de celui-ci.

De plus, l’entrepreneuriat social peut représenter un atout de poids pour l’Union Européenne qui se trouve dans une impasse quant à sa communication avec les citoyens. En effet, ces entreprises permettent aux participants de s’engager dans la société civile et d’exprimer par ce biais leur citoyenneté. Ils peuvent s’aider eux-mêmes ou leurs entreprises ainsi qu’aider les autres dans cette démarche.

Par exemple, la « ruche qui dit oui » est un mouvement qui permet de faire ses courses auprès de producteurs locaux directement sur le web. Chaque semaine, les membres de la Ruche sont libres de passer commande parmi le catalogue de produits frais proposés près de chez eux puis livrés ou achetés directement sur un marché éphémère. Cette initiative favorise la promotion de l’agriculture biologique et raisonnée, les circuits courts à l’opposé de la grande distribution, une consommation de produits divers avec des prix justes… Et les filiales en Europe se multiplient avec de nouvelles ruches en Belgique, Espagne, Allemagne et Angleterre.

RUCHE

Autre exemple, l’Autrichien Gregor Demblin a été récompensé par le Commissaire européen Laszlo Andor du 1er Prix européen pour l’entrepreneuriat social et le handicap en 2014. Sa plateforme en ligne du nom de « Career Moves » a permis d’ouvrir le marché de l’emploi aux personnes handicapées promouvant l’égalité des chances en mettant en ligne des offres d’emploi destinées exclusivement aux personnes dotées d’un handicap.

Les entreprises sociales proposent des projets innovants et divers. Elles impliquent la participation de plusieurs acteurs de la société civile en leur offrant des possibilités d’emplois, d’investissements personnels et de rencontres ; le tout en favorisant la croissance. L’Union Européenne se trouve donc sur la bonne voie en mettant en avant le développement de cette économie. Son utilité d’un point de vue démocratique à l’échelle européenne est un élément qui mérite un écho et une communication plus importantes. Le schéma est simple : l’Union Européenne contribue au développement de l’entrepreneuriat social, celui-ci contribue à l’émergence d’une société civile européenne ce qui permet aux institutions de mettre en avant leurs rôles politico-financiers à l’échelle locale. Une piste à suivre !

N’oublions pas non plus que le projet de Partenariat Transatlantique de Commerce et d’Investissement est toujours en cours de négociation. Il est donc nécessaire de se poser la question de la compatibilité entre une Europe très libérale et une Europe plus sociale et moins tiraillée par des aspirations globalisées.

SOURCES INDICATIVES :

http://www.anserj.ca/anser/index.php/cjnser/article/view/38/11

http://ec.europa.eu/internal_market/social_business/index_fr.htm

https://www.laruchequiditoui.fr/fr

http://www.ess-europe.eu/fr/bonnepratique/deux-plateformes-online-pour-faciliter-lembauche-de-personnes-handicapees#sthash.cfXHm9Hn.dpuf