Israël est un acteur majeur du Moyen-Orient qui intervient et a une place fondamentale dans la région, il est donc primordial de s’intéresser à sa vie politique. Le 17 mars 2015, le Likoud a en effet réalisé contre toute attente un score de 23% ; représentant 6 sièges de plus que l’Union Sioniste créée pour l’occasion. Le quotidien Haaretz a résumé le résultat des élections législatives israéliennes comme une « victoire de la peur ». Ilan Greilsammer, historien, politologue et professeur à l’université Bar-Ilan de Tel Aviv est venu au Global Studies Institute nous exposer le déroulement de ces élections mais aussi les conséquences sur le processus de paix. Je me permets donc de résumer en un article les points importants que nous avons abordés lors de cette rencontre.

Tout d’abord, ces élections ont frappé de stupeur aussi bien les israéliens eux-mêmes que l’opinion internationale. Pour les partisans de la paix, les perspectives paraissaient relativement bonnes lorsqu’ils se référaient aux sondages d’opinion ; qui ont lieu dans ce pays jusqu’à une semaine avant le vote décisif. Ces sondages montraient des résultats très encourageants pour le parti travailliste et la perspective d’une coalition formée par la gauche arriver au pouvoir était envisageable. Beaucoup d’israéliens faisaient remarquer que les sondages se trompaient régulièrement dans le pays mais la perspective d’un changement radical faisait rapidement taire leurs doutes.

Or le résultat a été extrêmement différent de celui attendu et le réveil de beaucoup d’israéliens en fut bouleversé. On a pu constater une victoire réelle et sans discussion du Likoud de Benyamin Netanyahou. C’est alors à lui de composer à nouveau la coalition israélienne, comme il lui a été demandé officiellement aujourd’hui.

BN

Pourtant, il paraît évident qu’au niveau de la politique interne et étrangère, beaucoup d’électeurs en avaient assez de sa présidence. Il n’y a pas de négociations pacifiques depuis un moment, beaucoup d’israéliens souhaitaient reprendre le dialogue et il est le visage même de l’opposition à ce processus. Depuis quelque temps, il y a aussi une détérioration violente des relations avec les Etats-Unis qui soutiennent le pays depuis plusieurs décennies. Mais ce désenchantement du président était surtout fixé sur la politique intérieure : les pertes d’emplois et fermetures d’usines se multiplient dans le désert du Sud, le prix des logements grimpent laissant toute une population séfarade dans une situation déplorable… Mais que s’est-il passé entre les derniers sondages et l’élection elle-même?

Il est clair que Netanyahou a joué sur les peurs très réels que les israéliens ressentent ; entourés de pays problématiques. Il a mis en avant cette situation géo-politique instable. Ces peurs ne sont pas rationnelles mais bel et bien existantes notamment dues aux roquettes qui ont explosé sur le territoire israélien.

Une autre explication est sociologique, la droite a réussi à capter en Israël les masses populaires que sont les peuples séfarades venant des pays arabes. Ils votent paradoxalement pour ces partis en raison de la mémoire d’une très mauvaise intégration lors de leur arrivée dans les années 50. Le parti travailliste s’était en effet très mal comporté à leur égard : suffisance, paternalisme, mépris, humiliation… Puis le chef de la droite nationaliste a su leur parler et les intégrer dans le parti de droite. Les partis de gauche sont donc perçus comme une population ashkénaze, « tel-avivienne », méprisante, bourgeoise et considérant le reste de la population comme « barbares ». Une majorité de la population ne souhaite pas les voir au pouvoir de nouveau.

Par conséquent, dans ce nouveau gouvernement se trouvera certainement le parti centriste de droite, le parti russophone et le parti de la droite nationaliste religieuse. Ce dernier bloquera toute velléité de se trouver contre la volonté des colons cisjordaniens.

De plus, il est important de préciser que 20% des citoyens israéliens sont non juifs et cette population n’est évidemment pas sioniste. Jusqu’à présent il s’agissait de plusieurs partis arabes allant aux élections en ordre dispersé et ces partis regroupaient aussi bien des communistes que des islamistes. Or ces partis arabes ont décidé, malgré de nombreux désaccords, de créer une liste commune afin de gagner une représentation et celle-ci a fait un très bon score s’élevant à 13 places. Il est peu probable que leur union dure longtemps mais il est important de souligner cette autre particularité des élections israéliennes.

Pour revenir désormais au processus de paix, il est donc peu probable que le gouvernement israélien arrête de construire en Cisjordanie et que la droite mette en place le processus de paix.

Les palestiniens exercent alors une politique unilatérale auprès des organisations internationales visant la reconnaissance de leur Etat. L’autorité palestinienne souhaite aussi porter devant la Cour Pénale Internationale des militaires israéliens intervenus à Gaza. Cette politique semble cependant contre-productive au niveau de l’opinion publique israélienne.

Si la gauche l’avait emporté, on aurait eu une reprise de la négociation mais cela n’aurait pas empêché la complexité des problèmes en suspens et n’aurait donc pas garanti une solution idéale. Par exemple, les palestiniens tiennent au retour des réfugiés en Israël. On peut de même imaginer des concessions sur Jérusalem mais il est peu probable que le monde musulman renonce à sa souveraineté sur l’esplanade des mosquées et que monde juif renonce au Mur des Lamentations et ce qu’ils considèrent comme l’esplanade du temple. Sans oublier que le Hamas considère tout accord de Mahmoud Abbas avec Israël comme nul et non avenu.

La communauté internationale doit prendre ses responsabilités. L’Union Européenne a un accord de libre échange très étendu avec Israël mais elle n’y mettra pas fin et les recommandations quant à cette région touchent des sujets très périphériques. En effet, le high tech israélien n’est pas seulement très développé mais les israéliens fabriquent, insèrent et imaginent un nombre de pièces incroyables et ont aussi une place très importante dans la recherche médicale.

Les Etats-Unis restent le principal appui de l’Etat d’Israël dans le monde, bien que Barack Obama soit excédé par le comportement de Netanyahou. Il ne lui parle d’ailleurs pas et ne le recevra pas. Le Congrès soutient tout de même très fortement Israël, les sondages d’opinion aux Etats-Unis montrent un grand support et l’aide économique de 3 milliards de dollars par an est toujours d’actualité. Il est difficile de concevoir qu’un président américain décide de couper cette aide.

Il faut tout de même noter que John Kerry et les Etats-Unis ont décidé quant à l’accord sur le nucléaire iranien de ne pas tenir compte des objections israéliennes. Il y a un certain isolement du gouvernement et il serait possible que lorsque l’autorité palestinienne demande à nouveau sa reconnaissance en tant qu’Etat de Palestine de plein droit aux Nations-Unies, les Américains décident de ne plus utiliser leur véto. Cela dépendra aussi des prochaines élections présidentielles américaines puisqu’un républicain serait très probablement pro-israélien et certains démocrates le sont aussi, comme Mme Clinton par exemple.

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Il est donc certain que la clé d’un changement israélo-arabe sera interne à l’Etat d’Israël afin que celle-ci accepte la seule solution envisageable désormais qui est celle des deux Etats souverains et vivant en paix côte à côte. Il est en effet impossible de promouvoir un colonialisme israélien ou une destruction israélienne. C’est aujourd’hui la solution préconisée par toute la communauté internationale, ligue arabe comprise et exceptée l’Iran. Pour finir sur une note personnelle, c’est aussi la solution que je souhaite et que j’espère. Il est dommage que nous devions retarder une nouvelle fois son accomplissement.