Tout d’abord, la sphère politique est un segment présent dans toute civilisation historique qui a été progressivement mis en place par les hommes. En effet, le domaine politique étant façonné par et pour les hommes, a longtemps servi les intérêts masculins dominants, tout en écartant les femmes, qui constituent pourtant la moitié des citoyens de n’importe quelle société humaine. Ce paradoxe de la démocratie occidentale s’est ensuivi d’une lente inclusion des femmes dans le monde politique qui a engendré des bouleversements et des adaptations notables, en particulier en Europe, un continent où se sont déployées les premières revendications féministes en la matière.
Parallèlement, des conventions internationales ont été ratifiées comme celle des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes de 1979 qui pousse les États membres à inscrire dans leurs constitutions l’égalité des sexes ainsi que l’objectif de parité à atteindre, notamment par le biais de quotas et d’autres mesures favorables aux femmes. Ces pratiques considérées comme non-démocratiques suscitent également des effets pervers largement contestés, surtout au sein du milieu politique. Par conséquent, nous constaterons l’évolution de la relation entre la femme et le politique de ces dernières décennies en Europe, afin de déterminer quelles ont été les avancées et dans quels domaines précis résident-ils encore des retards?
Afin d’y répondre, nous nous appuierons sur des statistiques de l’UE ainsi que des gouvernements européens concernant la répartition gouvernementale et parlementaire entre les sexes, l’attribution des postes les plus élevés aux femmes, le comportement électoral féminin ou encore les sondages d’opinion auprès des femmes sur leur perception de la politique. Pour finir, nous nous focaliserons sur quelques femmes européennes qui ont marqué le monde politique en analysant leur personnalité et leurs attitudes en politique ainsi que la perception médiatique de leurs compétences politiques.

Regards croisés sur la faible répartition féminine en politique

Selon les sites des différents gouvernements européens et de l’UE, malgré la nette progression de la part de femmes députées, elle n’a jamais franchi le tiers du Parlement européen et de la Commission européenne. Cette faible moyenne a été dépassée par le gouvernement suédois (seul pays avec un taux de 54% soit davantage de femmes que d’hommes), finlandais, belge, espagnol, danois, hollandais, italien, français et allemand. Quant aux portefeuilles ministériels confiés aux femmes, ils se réfèrent très souvent à des secteurs « considérés comme féminins » tels que la santé, les affaires sociales ou encore la culture, contrairement aux secteurs dits régaliens de l’État tels que les finances, la diplomatie ou la défense. Actuellement, une seule femme est ministre des Finances au Portugal, deux sont ministres des Affaires étrangères en Italie et en Croatie, quatre sont ministres de la Défense au Pays-Bas, en Suède, en Allemagne et en Italie. Il faut souligner l’exception norvégienne avec une stricte parité gouvernementale avec 9 femmes sur 18 ministres, dont une ministre de la Défense et une ministre des Finances.
Au niveau parlementaire, le constat est le même. La part de femmes a nettement augmenté, mais actuellement seulement neuf États ont une femme à la tête d’une chambre du Parlement soit l’Autriche, la Belgique, l’Estonie, l’Italie, la Lettonie, la Pologne, le Portugal, le Royaume-Uni et les Pays-Bas qui présente la particularité d’avoir une femme à la tête de chacune des deux chambres de son Parlement.
Quant aux femmes élues à la tête du gouvernement en tant que cheffe de gouvernement ou première ministre selon le régime politique, il y a eu par le passé Maria de Lourdes Pintasilgo au Portugal (1979 à 1980), Margaret Thatcher au Royaume-Uni (1979 à 1990), Gro Harlem Brundtland en Norvège (3 mandats en 1981, 1986 et 1990) et Alenka Bratusek en Slovénie (cheffe du gouvernement et présidente du pays de 2013 à 2014). Actuellement, il y en a quatre au pouvoir: Angela Merkel en deuxième mandat de chancelière allemande depuis 2005, Helle Thorning-Schmidt au Danemark depuis 2011, Erna Solberg depuis 2013 en Norvège et Laimdota Straujuma en Lettonie depuis 2014. Il faut également mentionner les deux présidentes actuelles: Dalia Grybauskaite en Lituanie depuis 2009 et Atifete Jahjaga au Kosovo depuis 2011.

Pistes de réflexion sur une telle répartition inégalitaire: les quotas, une solution?

Ce phénomène de sous-représentation féminine en politique dérive de plusieurs facteurs inhérents à l’histoire, la culture, la religion, le poids des traditions, les mentalités et les comportements sociétaux. Mais sa source la plus révélatrice réside dans le fait que les partis politiques fonctionnent souvent et largement selon une logique machiste. En effet, il reste rare que leurs partisans élisent une femme à leur tête, ce qui limite grandement les chances qu’une femme soit élue à la tête de l’État. De plus, le type de régime peut influer sur ces résultats. Alors que le scrutin proportionnel favorise l’élection de femmes de par son caractère moins personnel à l’élection par le vote de listes bloquées ou par le vote préférentiel qui visent une plus grande représentativité de la société, cela est moins le cas pour le scrutin majoritaire qui oppose divers candidats individuellement sous la forme d’une « lutte » politique dans laquelle il reste plus difficile de gagner en notoriété et de dépasser le poids des traditions.
Cependant, il faut nuancer ces propos avec la féminisation des règnes monarchiques de ces dernières décennies en Suède, en Norvège, au Danemark et au Royaume-Uni. Mais, il s’agit ici d’une minorité nordique, puisque aucune femme n’a régné à la tête des monarchies suivantes du Sud et du Centre de l’Europe, à savoir l’Espagne, l’Andorre, Monaco ou encore le Liechtenstein. Pour revenir au « miracle scandinave », il tient également au double processus suivant: une faible opposition des partis et de leurs membres masculins à cette progression de femmes en politique ainsi qu’à une intense mobilisation et investissement de la part des femmes. En outre, plusieurs conceptions du pouvoir politique varie du Nord au Sud de l’Europe, entre l’idée de partage des responsabilités politiques basée par le renouvellement dans les sociétés davantage paritaires et l’appropriation du pouvoir politique par la force et avec virilité selon une perspective de conquête dans les sociétés davantage machistes où les rapports entre les genres encore inégaux se basent sur des relations de séduction et de domination.
A présent, penchons-nous sur la récente loi « pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes », un projet de loi de la Ministre Najat Vallaud-Belkacem promulgué en août 2014 en France. Celui-ci vise à promouvoir une égalité socio-professionnelle des femmes, la protection des femmes contre les violences, la lutte contre les images stéréotypées et dégradantes des femmes dans les médias ainsi que la lutte contre la précarité des femmes. Mais, ce qui nous intéresse ici est le volet de la parité en politique par l’établissement de quotas pour les femmes et le renforcement des pénalités financières pour les partis politiques qui ne respectent pas cette parité, afin de faire évoluer les mentalités et les comportements en la matière. Bien que ces quotas aient facilité l’accès des femmes à des postes politiques, leur mise en œuvre suscite de nombreux débats, au sein de la classe politique française. En effet, l’essence-même de la démocratie réside dans l’universalité et l’ouverture à la différence avec des idéaux, tels que l’égalité des chances, la protection des libertés fondamentales individuelles ou encore la défense du pluralisme. De plus, des effets pervers se dégagent également de ces quotas. Désormais, plus des femmes sont nommées à des postes politiques à responsabilité, plus elles sont perçues comme des bénéficiaires de ces quotas féminins et moins pour leurs compétences politiques. Cela contribue entre autres à alimenter les remarques sexistes et misogynes qui ont longuement préexisté dans l’hémicycle, comme par exemple « elle ne dit rien d’intéressant, mais elle est belle à regarder » ou encore les huées et les sifflements à la vue d’une jupe ou d’une robe. Une tendance qui perdure particulièrement dans les pays au sud de l’Europe, où les femmes sont encore considérées comme n’ayant pas de place dans les affaires de l’État. A mon avis, l’amorcement d’une réelle parité politique hommes-femmes pour le cas français serait non pas d’établir des quotas et d’amender leur non-respect, mais plutôt de mettre fin à la discrimination quant à l’accès des femmes aux postes considérés comme masculins (par exemple, conseiller du président) et aux portefeuilles régaliens, tout en effectuant de même pour les hommes quant aux ministères généralement réservés aux femmes (par exemple, le ministère des droits des femmes).

Le comportement politique féminin entre droit de vote tardif et abstentionnisme élevé

Malgré les fortes revendications des suffragettes pendant les années 1920, il aura fallu attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que le droit de vote s’étende à la plupart des femmes européennes. Évidemment, quelques pays font exception comme la Finlande en 1906, la Norvège en 1913, le Danemark et l’Islande en 1915, l’Allemagne et l’Autriche en 1918, la Suède, les Pays-Bas et le Luxembourg en 1919 ou encore l’Espagne en 1931. Cependant, ce droit de vote précoce ne s’accompagne pas forcément d’une répartition paritaire en politique. Comme la Suisse l’illustre, elle institue le droit de vote des femmes qu’en 1971 au niveau fédéral, alors que la représentativité des femmes en politique suisse ressemble davantage au modèle scandinave. Car, plusieurs autres facteurs interviennent, comme le rôle de l’éducation des femmes, les moyens mis en place ainsi que leurs droits dans leur participation à la vie économique, politique et citoyenne du pays.
Selon les statistiques mentionnées dans les divers articles de la revue Pouvoirs concernant le comportement électoral des femmes européennes, dès l’obtention du droit de vote, le taux d’abstentionnisme de l’électorat féminin est un peu plus élevé que celui de l’électorat masculin et tend à augmenter avec l’âge. Cette tendance s’amoindrit au fil des décennies, sauf pour le Royaume-Uni, le Portugal et l’Italie, où les femmes votent également plus à gauche que les hommes. Il faut noter que le comportement et l’intérêt électoral des femmes évolue largement, selon leur situation socio-économique et culturelle. Donc, plus elles effectuent des études supérieures et une ascension socioprofessionnelle, plus leur autonomie et leur culture politique est favorisée. De plus, on constate que la baisse de la pratique religieuse induit également une augmentation du vote féminin.
Quant à l’intérêt féminin pour la politique, il est corrélé à leur vision du monde politique perçu comme essentiellement masculin et hautement concurrentiel voire « violent ». En effet, elles se sentent généralement désajustés voire manquent d’aisance dans cet univers politique prenant et complexe, qui leur reste ainsi difficile à conquérir ou à investir. En effet, les femmes peinent généralement à s’imposer par la prise de parole et par l’affirmation de leur ambition personnelle, tout gérant les contraintes de leur vie professionnelle et familiale. Car, les femmes actuelles, bien que certaines soient plus ou moins soutenues par leur entourage, doivent composer avec l’absence de modèle en la matière et en inventer un. Jusqu’à présent, il est relativement courant pour les femmes de nos jours d’avoir eu plutôt une mère au foyer ou une mère salariée sans engagement en politique. De plus, certaines peuvent ressentir une insuffisance intellectuelle également dû au manque de valorisation des qualités féminines par le politique. Mais, celles qui s’engagent en politique, le font le plus souvent sur sollicitation extérieure ou par curiosité avec un rapport initial peu idéologique à la politique. La plupart défend une politique non partisane et « concrète » au niveau local tout en valorisant fortement l’intérêt général sur l’ambition personnelle. Contrairement aux hommes, les femmes possèdent des attentes généralement plus concrètes de la part du politique. Considérées comme plus à l’écoute, plus mûres et raisonnables avec un sens aigu du devoir, les femmes attendent des solutions immédiates et pragmatiques par le biais de politiques plus en prises sur la vie quotidienne et moins technocratiques, éloignées des méthodes politiciennes abstraites et calculatrices qu’elles attribuent aux hommes.
Concernant l’orientation politique, le vote féminin est généralement plus socialiste, mais aussi moins extrême que le vote masculin. Une hypothèse schématique serait que non seulement, elles tiennent davantage à leurs droits acquis en matière d’IVG, de contraception ou encore de congé maternité, mais encore il y aurait une profonde volonté de leur part de tendre vers une réelle égalité socio-économique avec les hommes.

Les femmes politiques européennes: du mimétisme masculin à une véritable identité féminine?

D’après tous nos constats sur la répartition féminine en politique ainsi que sur le comportement électoral féminin et leur vision de l’objet politique, nous analysons désormais quelques femmes européennes qui ont marqué le monde politique par leur personnalité et leur médiatisation.
Avant cela, il faut souligner que le seuil minimal de présence et de participation féminine en politique n’a pas été franchi qui permette une réelle inflexion de la vie politique, ou plus exactement une inflexion dans le comportement des politiciens. Cela débouche entre autres sur le fait que les politiciennes ne mettent pas en avant leurs différences inhérentes à leur sexe inconsciemment voire naturellement, mais assimilent plutôt et de façon spontanée des codes masculins présents en politique, tels qu’une attitude politique combative voire « violente » ou encore le recours à des tactiques masquant de réelles ambitions personnelles. Plusieurs exemples se bousculent, comme Marine Le Pen dans un mimétisme politique déconcertant de son père ou encore le recours d’Angela Merkel à l’espionnage ainsi que son opposition impassible dans le dossier grec. Cette dureté et cette autorité tranchante présentes chez certaines femmes au pouvoir s’expliquent largement par leur combat acharné et leur détermination sans faille pour atteindre les plus hauts postes d’État. D’ailleurs, cela relève du parcours du combattant comme pour Margaret Thatcher qui, malgré ses compétences, a eu besoin de s’affirmer pour évoluer dans un milieu politique quasi-exclusivement masculin des années 1970, en devant prouver ses capacités sans cesse remises en cause par ses homologues-hommes. De plus, l’ex-Première ministre norvégienne, Gro Harlem Brundtland estime que toutes les remarques qui renvoient à sa dureté lorsqu’elle prenait des décisions difficiles sont la source de conception machiste sur sa détermination et ses ambitions affichées en politique. Cependant, il y a plusieurs contre-exemples comme Atifete Jahjaga ou encore Maria de Lourdes Pintasilgo. Toutes deux également compétentes comme celles citées précédemment n’affichent pas cette dureté tranchante, tout en étant éminemment respectées.
Enfin, en 2009, les présidences du Parlement européen, de la Commission européenne et du Conseil européen ayant été attribuées à des hommes, avait alors obligé les chefs d’État et de gouvernement à désigner une femme, pour le poste de Haut Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, en la personne de Catherine Ashton. On voit ici une sorte de quotas qui a fait la place à une femme largement médiatisée comme incompétente en la matière, tout comme la présidente slovène, Alenka Bratusek et la présidente lettone, Laimdota Straujuma. Mais, son successeur depuis 2014, Frederica Mogherini nous fait peut-être entrevoir un éventuel changement.
Comme chez les hommes politiques, il y a une grande diversité quant aux compétences et à la personnalité. Mais, malheureusement, pour nous les femmes, celles qui sont des modèles de compétence à suivre et des moteurs de changement sont davantage moins médiatisées que celles qui sont soit incompétentes, soit compétentes et présentées comme « masculines ». Cette médiatisation de la femme politique insensible et tranchante laisse place à une absence de modèle de femme politique viable qui décourage fortement les femmes à s’engager dans ce domaine.

 

Pour conclure, d’une part, dans certains pays du Sud de l’Europe, la parité en politique est loin d’être respectée. En effet, des réflexions machistes voire misogynes dans l’hémicycle ou encore le refus de féminisation des titres politiques perdurent comme pour « président ». D’autre part, dans d’autres pays nord européens, les avancées sont fulgurantes, du point de vue de la composition gouvernementale paritaire, l’attribution de fonctions politiques élevées aux femmes ou encore la participation électorale féminine. Malgré les divers dispositifs législatifs mis en place, dont les quotas, l’implication des femmes en politique reste difficile voire bloquée, donc la réelle parité homme-femme est loin d’être réalisée. En effet, en tant que territoire où les codes masculins et la virilité règnent, en y participant les femmes pourraient apporter une plus-value en le féminisant et le rendre ainsi plus représentatif de l’ensemble de la société.
Mais, quand on dresse une comparaison mondiale, l’Europe reste le leader en la matière avec 27,2 % de députées, alors que la moyenne mondiale se stabilise autour de 21,8 %. Puis vient l’Amérique avec 24,2 %, l’Afrique qui parvient à 22,1 %, l’Asie avec 19,1 %, les États arabes avec 17,8 % et le Pacifique avec 13,1 %. Bien que la tendance soit à une augmentation des femmes dans les affaires politico-économiques partout dans le monde, la complexité du défi de la parité doit être relever tant par les hommes que par les femmes. D’une part, on perçoit une progressive prise de conscience de la part décideurs pour faire évoluer les comportements et les habitudes. D’autre part, les femmes reprennent en main leur sort en s’organisant et constituant des réseaux, afin que les déclarations d’intention et les règlementations soient suivies d’actes concrets et appliquées effectivement.
Le mot d’ordre adressé est qu’il faut vaincre les réticences et faire tomber les résistances de tout ordre qui pénalisent encore l’accès plein et entier des femmes aux responsabilités. Car, un monde politique égalitaire serait rééquilibré en abolissant l’asymétrie entre les sexes, en donnant la possibilité d’apparition de nouvelles solutions politiques aux problèmes qu’affrontent nos sociétés européennes par la mixité de valeurs masculines et féminines qui se complèteront mutuellement.

 
Bibliographie

Collection d’articles de plusieurs auteurs, Femmes en politique, Pouvoirs Revue française d’études constitutionnelles et politiques, n° 82, septembre 1997, 224 pages

Dr KOSSI Koblan Foly Jean, Le jeu politique de la femme, Rubrique Politique, publié le 25 mars 2012, [en ligne], 11 pages. Disponible sur: http://www.contrepointphilosophique.ch/Politique/Pages/JeanKossi/FemmeEtpolitique.pdf (Consulté le 30.04.2015)

Le site de la Fondation Robert Schuman, L’Europe au féminin: pour une parité dans les institutions de l’Union renouvelées en 2014, Question d’Europe n° 304, publié le 03 mars 2014, [en ligne], 1 page. Disponible sur: <http://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0304-l-europe-au-feminin-pour-une-parite-dans-les-institutions-de-l-union-renouvelees-en-2014> (Consulté le 30.04.2015)